Catherine Dubois

Ventrue
Coterie / affiliation : Co-leader des Bel-Air All_Nighters
Quartiers / Domaines familiers : Bel Air, Beverly Hills, Hollywood, Inglewood, Soirées Mondaines
Influences connues : Sex Business, Haute-Société, Hollywood
Infante de Louis Fortier (La Bellière)

Née en 1867; famille de l’aristocratie francophone de Bâton Rouge; père planteur, ruiné par la guerre de Sécession. Jeunesse dans une sorte de décor d’Autant en emporte le vent, bercée par le souvenir d’une gloire passée et les références à une mère-patrie continentale largement fantasmée. Son père n’ayant pas les moyens de doter confortablement ses trois filles, Catherine, la petite dernière, est promise au couvent. Dès 16 ans, vie monastique, donc, et une dizaine d’années à ce régime.

Puis elle rencontre Louis, alors que celui-ci, par amusement ou par défi, avait décidé de faire du couvent son troupeau et de placer l’ensemble des nonnes sous sa coupe. Elle devient sa Goule en 1874. Quatre ans plus tard, ils quittent le Sud ensemble, s’installent à Boston et se marient. Courant 1880, Louis est appelé par son Sire, parti s’installer en Californie. Il répond d’autant plus favorablement à l’appel que Quentin King, le Prince de Boston, refuse pour l’heure toujours de lui donner l’autorisation d’Etreinte pour Catherine. Il profite du long voyage en train pour lui donner l’Etreinte, et c’est en tant que Vampire qu’elle arrive en Californie début 1881.

1929

Propriétaire de l’agence LA Nightline – mannequins et escorts de luxe – officiellement tenue par Joannie Pratt qui a tenté de recruter Gaby.

1943

Infante et épouse de Louis Fortier. Elle a disparu de la circulation courant 1930 en tant que Catherine Dubois, pour réapparaître en tant que Catherine Fortier, cousine de la précédente récemment arrivée de Louisiane, en 1940. Catherine incarne à la perfection la trentenaire américaine bien élevée, issue de la bonne société sudiste. Beauté froide, manières impeccables et sourire éclatant de façade.
Gaby : elle a perdu beaucoup de terrain ces dernières années, avec la disparition de plusieurs prostituées de haut vol qui faisaient partie de son réseau. Il semblerait cependant qu’il lui reste quelques billes et qu’elle en sache encore beaucoup quant aux préférences intimes de nombre d’hommes en vue et des différentes manières de les satisfaire.

Soutien de La Bellière, forcément.

1954

Catherine est une épouse parfaite, une femme d’intérieur parfaite, une hôtesse parfaite. Elle gère parfaitement l’immense villa Neutra du couple, sur les hauteurs de Bel Air, les réceptions nocturnes qui accueillent tout le gratin des beaux quartiers, les dons aux organisations charitables, le mécénat d’artistes de grande renommée. En plus de tout cela, elle supervise LA Nightline, avec l’aide de Joannie Pratt, participe au recrutement des filles qui y travaillent, et contribue à régulièrement fournir son époux en chair fraiche, que ce soit pour se nourrir ou pour d’autres plaisirs. Le tout avec le sourire, sans jamais un mot plus haut que l’autre, et en se pliant à la plupart de ses caprices. Il y a aussi les passions de Charles pour d’autres femmes; passagères, bien entendu : il lui revient toujours, à la fin. Mais récurrentes. Généralement pour des mortelles, mais parfois, comme c’est le cas avec Vanessa Carlisle, pour des Vampires, qui viennent alors prendre une place durable dans la petite communauté, le petit sérail papillonnant et léger qui entoure La Bellière.

Et parfois, ça la lasse.

Parfois, elle aurait envie … oh pas de grand-chose. Simplement de se sentir un peu plus libre, un peu plus légère, avec un peu moins d’obligations et de contraintes. Elle aimerait penser à autre chose, passer une nuit ou deux à s’écouter, elle, sans avoir à se soucier des desiderata de son seigneur et maître. Elle aimerait, peut-être, une escapade, une amourette, un peu de chaleur. Encore une fois dire je t’aime, encore une fois perdre le Nord, en effeuillant le chrysanthème, qui est la marguerite des morts.

Tout cela, elle le sait bien, ne sont rien d’autre que des soucis de pauvre petite fille riche. Et il lui arrive même de se mépriser, du seul fait que de telles pensées la hantent : il y a tant de choses plus graves, plus importantes. Il y a la dignité, la façade à maintenir, le statut à ériger, dans la cité et au sein du Clan. Il y a la position de Charles à conforter : Charles qui n’a jamais pu s’élever au-dessus de Leonegro du temps de la Praxis, et qui, dans l’avenir, pourrait bien finir par être à la tête de cette cité; seigneur des Anarchs, puisque la Camarilla n’a pas voulu de lui ou n’a pas su voir son potentiel, ça a quelque chose de tentant. Et si cela arrive, il le devra en partie à Catherine. Autant de choses qui réclament une attention particulière et de chaque nuit, un souci quotidien, et qui sont bien plus importantes que des vague-à-l’âme sans intérêt. Mais tout de même…

« Ah, vous autres, hommes faibles et merveilleux, qui mettez tant de grâce à vous retirer du jeu,
il faut qu’une main posée sur votre épaule vous pousse vers la vie, cette main tendre et légère… »

Catherine… la première fois qu’elle l’avait vue, digne et superbe dans le sillage de son sire, époux et maitre, Gabriella se souvient avoir ressenti un flot d’émotions contradictoires. Admiration, surprise, jalousie, ce petit picotement si peu familier pour elle face à une femme qu’elle trouvait vraiment, vraiment belle – plus qu’elle, et elles sont rares. La ventrue était de ces beautés sublimes sur papier glacé qui fait naitre cette impression ô combien désagréable quand on se tient à côté de porter des chiffons, d’avoir les aisselles moites et les ongles sales. Catherine avait la grâce d’un cygne et la majesté d’un félin, elle incarnait l’élégance aristocratique que Gabriella n’aurait jamais dans le port de tête, la classe à l’état pur. En premier lieu, Gaby avait identifié en elle sa plus grande rivale à venir mais quand Joanie Pratt l’avait approchée pour lui proposer de rejoindre son agence d’escort, la petite fille d’ouvriers issus des banlieues crasses de Newark s’était sentie remise à sa place. Alors, elle la détesta, simplement.
Et pourtant, elle n’aurait pas fini de la croiser, partout, dans la plupart des milieux qu’elle fréquentait, dans la majorité des influences qu’elle développait ; Catherine était là, et pendant longtemps, plus haut placée, mieux installée, parfaitement implantée.


Durant un court moment, lorsqu’elle apprit par Maggy que Louis La Bellière était intéressé par elle, Gabriella fut tentée d’y céder, ou mieux, de le séduire comme elle savait si bien le faire, de lui plaire jusqu’à l’amener à l’étreindre pour être celle qui évince, qui éjecte la belle Catherine et la fait tomber de son piédestal mais – outre l’allégeance à son propre maitre -, l’improbable crainte d’échouer, et surtout l’idée d’être ENCORE et pour toujours la seconde, ne lui laissa au final qu’un gout terriblement amer dans la bouche. Et cela faisait près de 25 ans que cela durait…
Le double sentiment d’humiliation et de satisfaction aigre lui revint quand elle apprit, indirectement, que La Bellière avait voulu « l’acheter » à Andreas. Celui-là, visiblement, ne lâchait pas l’affaire, même après tant d’année. Mais désormais, elle était vampire. Et toréador. Et ses influences étaient considérables. Voir son amie Margareth prendre ses distances avec Bel-Air et soutenir Benny fut une petite victoire insolente, rien de bien extraordinaire, mais on se satisfait de peu quand on est jaloux..!
Et de sentir de si près le désir de cet orgueilleux, le soir de la Victoire, tandis que le sang alcoolisé l’enivrait et qu’une joyeuse euphorie gagnait les invités de la réception luxueuse que le couple avait organisée, le voir la dévorer du regard encore, ressentir la fièvre de son envie dans ses gestes et sous sa peau, le contempler quand il semble au bord de perdre le contrôle de lui-même dans ce coin sombre alors qu’il la presse contre lui fit naitre en elle une satisfaction de « chatte sur un toit brulant », l’entrainant dans un jeu où la souris et le fauve se confondent, attisant l’appétit masculin, caressant la bête avant de se soustraire à sa chasse. Mais non. Non. Jamais elle ne céderait à ce prétentieux, jamais elle ne lui donnerait satisfaction, même si, probablement vexé par sa dérobade, celui-ci jura qu’elle reviendrait, un jour, à genoux, s’offrir à lui, quand elle aurait tellement besoin de lui qu’elle ne pourrait pas s’esquiver, cette fois.

On en était toujours là quelques cinq années plus tard, quand la belle décida de s’intéresser à ce courant surréaliste – elle qui était une adepte de l’inverse! – qui faisait grand bruit et attirait tous les snobs de cette ville aux paillettes. Une nouvelle humiliation l’attendait alors que les pseudos intellos qui se pressaient autour de Man Ray l’avaient littéralement refoulée avec hauteur, elle qui ne parlait même pas français, pouah! Le sang latin de la toréador ne fit qu’un tour. Ah oui? il faut être chic et parler français pour vous approcher? très bien! Et c’est au bras d’Artémise qu’elle revint quelques nuits plus tard, se ravissant à l’entendre « à mi-voix » -suffisamment audible toutefois, bien sur! – critiquer l’accent déplorable de celui-ci et les manières vulgaires de celle-là, tout en leur frayant à toutes deux un passage de reines jusqu’au « maitre ». Le photographe posa ainsi ses yeux sur elle, et consentit à tirer le portrait des deux amies. Gaby tenait sa petite vendetta et en était décidément très fière! Aussi accepta-t-elle sans hésiter de revenir le lendemain pour une autre série de clichés. L’artiste avait eu une vision. Il voulait confondre le feu et la glace, la splendeur blonde et la sublime brune, la perfection féminine dans sa beauté anonyme et masquée, blablabla… Gabriella avait naturellement décroché au troisième superlatif pompeux qu’elle ne comprenait pas et avait juste acquiescé, ravie d’être peut-être une muse, une égérie pour ces trous de balles qui pétaient hier plus haut que leurs vilains culs!
Le lendemain, elle revint donc, et se laissa entrainer dans une pseudo orgie poétique – et oui, y a pas qu’en occultisme qu’on trouve des excuses pour se foutre à poil et s’emboiter ! -, le sang chargé d’alcool, de sexe et d’opiacés lui faisant tourner la tête quand le maitre la fit appeler pour parfaire cette œuvre qu’il avait visualisée et voulait enfin concrétiser dans une image fugace qu’il figerait pour blablabla… Ces surréalistes lui donnaient le tournis, dannazione! Et c’est ainsi qu’elle se retrouva nue, ivre et masquée, le corps collé à celui d’une autre femme à la peau marmoréenne, à moitié ligotée ou dissimulée par des voiles noirs et blancs, des mailles et des étoffes, tête-bêche ou jambes croisées, corps emmêlés ou dos à dos, sous des flash qui n’illuminaient que quelques secondes la scène dans un effet de stroboscope décomposé. La séance fut longue et la proximité de cette autre dans cette ambiance étrange et sensuelle attisa malgré elle l’être charnel qui sommeillait dans son ventre. Les mains s’effleuraient, se découvraient dans cette brume où l’anonymat rendait tout possible, les lèvres se cherchèrent un instant derrière un drap, les jambes se nouèrent et un soupir vint s’étouffer contre son cou. Leurs regards finirent par se croiser, exprimant alors une surprise des deux côtés des masques. Non? … Rêvait-elle? Cauchemardait-elle? … elle devait halluciner, sans aucun doute. Pourtant, dans un silence gêné, c’est bien Catherine Dubois qui défit son masque de colombine dans la petite pièce attenante servant de vestiaire quand les deux femmes se rhabillèrent. Et c’est bien elle qui laissa tomber en quittant les lieux un léger foulard de soie imprégné de son parfum parisien. Acte manqué ou message sous-entendu? Peu importe. Le lendemain, c’est avec une certaine curiosité que Gabriella appela la résidence Fortier et se vit inviter à rejoindre la maitresse de maison à un cocktail pour lui retourner l’étoffe. La semaine suivante, elles se retrouvèrent à un gala, puis à un dîner, puis à une réception, une vente aux enchères, une party, une inauguration, un vernissage… Chaque fois, elles se rapprochaient un peu plus, se liaient sans rien se dire mais en se comprenant du regard. Elles étaient les deux faces d’une même femme, celle qui sublime et s’efface, celle qui dans l’ombre écarte les difficultés sur le chemin vers la gloire d’un autre, celle qui en silence œuvre pour l’homme et se contente de sourire à son triomphe. Catherine le faisait pour son époux, Gabriella pour sa Famille : conscientes de leur place et sachant l’utiliser aussi parfaitement l’une que l’autre.
Aussi régulièrement que possible, comme si un besoin désormais les guidaient, elles se contactaient, se téléphonaient si elles ne se voyaient pas de deux nuits, même pour ne rien se dire d’important, trouvaient toujours quelques minutes pour échanger en tête-à-tête lors de ces multiples soirées mondaines qui les réunissaient sous l’œil bienveillant de Louis qui, sans doute, espérait que son épouse serait un biais pour faire céder la bellissima.

Louis qui s’était d’ailleurs absenté cette nuit de décembre, disparaissant avec sa nouvelle conquête pour s’offrir « un repos bien mérité » quand Catherine, épuisée, vint rejoindre Gaby dans sa nouvelle petite maison de Venice. Aucune d’elle ne peut expliquer ce qui leur fit franchir le pas cette nuit-là et les amena à se retrouver, à nouveau nues et pressées l’une à l’autre, leurs bouches se cherchant jusqu’à gouter au nectar sublime, s’en délectant jusqu’à la lie, jusqu’à les lier, jusqu’à cet étrange et sublime attachement qui ne s’effacerait plus. Et c’est ainsi, leurs corps emmêlés dans une chambre aux parfums lourds, qu’elles se firent surprendre quand la terre trembla, les arrachant à leur sommeil dans une terreur qui leur fit d’abord croire que La Bellière les avaient trouvées jusqu’à les rassurer : ce n’était qu’un catastrophique séisme qui venait d’ébranler la Californie!

Durant les mois et années qui suivirent, elles se rapprochèrent encore davantage : amies, amantes, amoureuses, alliées et liées, tendres maitresses et douces alter ego, confidentes et complices. Ce n’était pas de l’amour, non. Enfin, elles ne le pensaient pas. D’ailleurs, avec une femme, ce n’est pas pareil, n’est-ce pas? Néanmoins, Louis n’en saurait jamais rien : il ne le comprendrait pas et c’était leur jardin secret, à elles. Quant à Paul, oh, si Gaby lui avouait, il comprendrait probablement, non? Sans doute. Peut-être. Et Gaby se promettait qu’elle lui dirait un jour, sans doute. Peut-être.

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