1929 : Sexualité, prostitution et pornographie

Sexualité et amour en général

L’âge de consentement légal est de 18 ans et l’âge du mariage est de 15 ans (pour les filles) et 16 ans (pour les garçons). A noter que la Californie ne bénéficie pas d’une Romeo and Juliet exception law : deux mineurs ayant un rapport sexuel sont tous deux coupables de statutory rape, même si la loi est rarement appliquée de manière aussi stricte.

Dans la plupart des États, n’existe que le divorce pour faute. Et la seule faute admise partout est l’adultère. D’où la popularité de Reno, où un divorce par consentement mutuel (ou même par consentement d’un seul des deux époux) est légal.

A partir de 1920, les mariages arrangés tendent à se faire de plus en plus rares, hormis dans les strates les plus favorisées de la société. Dans les milieux populaires et les classes moyennes, les rapports se libéralisent. Bien entendu, une jeune fille ne peut en aucun cas espérer faire un « beau mariage » si elle n’est pas vierge. Mais il existe bien des manières d’avoir une sexualité en restant vierge…

Arrivé d’Europe à partir de 1925, l’Amour avec un grand A est à la mode : si on n’a pas été éperdument amoureux au moins une fois dans sa vie, on a gâché son existence. Il faut aimer, quitte à en perdre la raison. Cette idée touche bien entendu davantage les jeunes générations.

Mais il n’y a pas que l’amour : il y a aussi le flirt. Et celui-ci se développe d’autant plus que les années 1920-1930 amènent beaucoup plus de femmes qu’avant à fréquenter des cafés désormais débarrassés de la culture saloon. On flirte, donc, on minaude, on danse … et on va souvent plus loin, mais discrètement.

Si une grossesse découle d’un flirt un peu trop poussé (si on a « fêté Pâques avant les Rameaux »), le mariage est obligatoire.

Les rapports intimes sont également plus libérés : ainsi, le baiser profond type french kiss, qui constituait encore un attentat à la pudeur en 1910 (même pratiqué au sein d’un couple marié) est désormais accepté dans l’intimité. Les rapports bucco-génitaux ne sont plus réservées aux prostituées et ne sont plus pénalisés par la loi (l’affaire Chaplin fut l’une des dernières en la matière). En revanche, la loi prévoit toujours qu’une sodomie ne peut être qu’un viol : il est impossible, en tant que « receveur » ou « receveuse » d’y consentir légalement.

La notion de plaisir féminin se développe et est même assez couramment admise, même si ses excès peuvent mener à des dérives et nécessiter des interventions psychiatriques. Un plaisir conjugal et raisonnable est cependant perçu comme non seulement acceptable, mais renforçant le couple.

Autre évolution notable : le rapport entre nudité et sexualité. Jusque là, il pouvait y avoir rapport sexuel en pleine lumière mais en gardant ses vêtements ou nudité des deux partenaires mais lumière éteinte. On accepte désormais la possibilité de rapport sexuel avec nudité ET lumière, y compris au sein de couples mariés.

Contraception et avortement

La contraception est très mal vue, même si elle n’est pas strictement interdite. Le préservatif est légal (mais difficile à trouver), la pilule n’existe pas, le stérilet non plus. La méthode de la cape cervicale, développée en Grande Bretagne, est perçue aux États-Unis comme devant être réservée aux prostituées. Seule l’abstinence est vue comme un moyen de contraception acceptable pour la plupart des gens.

Le préservatif, qui circule souvent sous le manteau, est entré dans les habitudes de certains hommes, notamment ceux ayant fait la Grande Guerre : il permet en effet de visiter les bordels militaires de campagne sans trop risquer d’attraper une MST et est apprécié pour cela. Mais en posséder reste le signe incontestable que l’on fréquente des femmes de mauvaise vie.

Ce n’est qu’en 1924 que le médecin japonais Ogino a découvert quels étaient les jours de fertilité d’une femme dans son cycle menstruel, et en 1928 que l’autrichien Krauss, se basant sur les travaux d’Ogino, proposa la méthode Ogino-Krauss pour permettre à un couple d’éviter des grossesses involontaires. Cette méthode est cependant très critiquée : par Ogino lui-même, qui l’estime (à raison) peu fiable d’une part. Mais également, d’autre part, par la plupart des ligues de vertu : non seulement elle implique une décision volontaire de limiter la fertilité du couple, mais en plus elle l’oblige à discuter ouvertement de cycle menstruel, chose qui est considérée comme répugnante et inacceptable au sein de familles respectables.

Plus que la contraception, c’est la diffusion d’informations sur la contraception qui est illégale. L’ABCL (American Birth Control League), fondée en 1921, est régulièrement sur la sellette et son militantisme vaut à ses membres des séjours réguliers en prison.

L’avortement est un crime, assimilé à un homicide avec préméditation et puni de la même manière dans la plupart des États.

Prostitution

La situation est assez complexe et mérite qu’on s’y arrête. En effet, si le proxénétisme est formellement interdit dans la plupart des Etats, la prostitution, elle, relève de la juridiction du Comté et, d’un lieu à un autre, elle peut être plus ou moins autorisée ou interdite. Si la plupart des Comtés interdisent l’achat ET la vente de services sexuels, certains n’en interdisent que l’achat, par exemple.

Les autorités gardent, dans l’ensemble, un regard relativement favorable sur la prostitution : beaucoup de policiers fréquentent les prostituées eux-mêmes. Et puis sans prostituées, comment initierait-on les jeunes hommes ? On ne va tout de même pas arriver puceau au mariage…

En Californie, la prostitution est formellement interdite à l’achat comme à la vente mais l’escorting (le fait de se faire payer pour accompagner quelqu’un dans une soirée) ne l’est pas, et qui sait ce qui peut arriver au terme d’une soirée, entre deux adultes consentants ?

Des bordels quasiment officiels existent, et ne sont que très peu inquiétés par les forces de l’ordre, à condition qu’ils soient discrets, qu’ils soient très chers et réservés à une élite, et enfin qu’ils se présentent comme des salons de rencontres, des restaurants avec accompagnatrice, etc. Le Mae’s, par exemple, propose à des hommes d’affaire de dîner avec des starlettes (ou supposées telles), ce qui, en soi, n’est pas interdit.

La prostitution de rue, et en particulier le racolage, sont en revanche fortement pénalisés.

Comme souvent aux États-Unis, le fait de passer la frontière d’un État aggrave les cas : ainsi, le proxénétisme dans son propre État peut coûter jusqu’à 3 ans de prison, mais si on déplace soi-même une prostituée pour la placer sur la même route, mais techniquement dans un autre État, on passe à un autre niveau, et le tarif peut être de 12 ans.

Rapports interraciaux

Autre facteur aggravant du proxénétisme (non inscrit dans la loi mais pratiqué par les tribunaux dans les faits) : le proxénétisme ou la prostitution interraciaux. Si le proxénétisme est toujours puni, il sera considéré comme moins choquant pour un mac Blanc d’employer des Noires que pour un pimp Noir de faire tapiner des Blanches. Idem pour la clientèle : qu’un client (un john) Blanc se paie une Asiatique ou une Noire, cela reste réprouvé, mais moins que l’inverse. On admet facilement qu’un homme Noir ait envie d’une femme Blanche (n’est-ce pas dans l’ordre naturel des choses que l’inférieur ait envie de ce qui appartient au supérieur ?) mais qu’il passe à l’acte, c’est autre chose.

Le même phénomène existe d’ailleurs également dans les affaires de viol : s’il est sévèrement puni, il se traduit le plus souvent par 5 à 10 ans de prison; mais quand un Noir viole une Blanche, c’est bien souvent la peine de mort (à condition que le couple n’ait pas déjà été lynché par le KKK local) qui est prononcée.

Ces interdits alimentent bien entendu les fantasmes et le sexe interracial est perçu comme particulièrement sulfureux.

Pornographie

La pornographie est bien entendu interdite et sa vente comme son achat sont réprimés. Elle se manifeste de trois manières : photos, Bibles de Tijuana et films.

Photos pornographiques

Vendues sous le manteau dans des bars peu fréquentables ou dans la rue, elles sont le premier vecteur de diffusion de la pornographie. Souvent faites par des amateurs, elles commencent cependant à se professionnaliser. On vend la série de trois ou quatre photos pour 25 cents. Tous les styles existent, du soft au hard, mais la plupart sont assez soft.

Bibles de Tijuana

Elles n’ont de bibles que le papier, et de Tijuana que le nom (même si la plupart prétendent effectivement être imprimées au Mexique) : ces petits comics humoristico-pornographiques de huit pages, sur papier très léger, et reprenant des personnages de bande dessinée populaires, sont vendus, ou même parfois donnés, dans des bars ou des speakeasies. C’est la forme de pornographie la plus courante et la plus diffusée, et on en trouve de grandes quantités dans toutes les bases militaires.

Dans la mesure où c’est une forme de pornographie qui n’implique aucun acte sexuel réel pour être réalisée, c’est également celle qui est le moins mal vue par les autorités et la moins punie.

Les Bibles de Tijuana sont le plus souvent produites par des imprimeurs officiels, en dehors des heures d’ouverture de leur atelier. Elle sont dessinées par des amateurs ou par des professionnels souhaitant se faire un peu d’argent sous le manteau et ne sont jamais signées (ou quand elles le sont, c’est par un pseudonyme). Leur diffusion est généralement locale : en effet, si la vente locale de telles productions relève, au pire, de la felony, l’exportation au-delà de la frontière de l’État relève du délit fédéral.

Films pornographiques

La forme de pornographie la plus chère, tant à réaliser qu’à consulter : elle ne s’adresse en effet qu’à ceux qui peuvent se payer un projecteur à la maison. Uniquement la bonne société, donc. Les films sont courts (10 à 20 minutes) et impliquent souvent un élément comique ou incongru. L’immense majorité présente des rapports hétérosexuels classiques mais il existe des créneaux particuliers pour ceux qui aiment les « spécialités » (homosexualité, zoophilie, sadomasochisme, etc.).

Un exemple de film (1915) diffusé sous le manteau.

Soft, coquin et risqué

Il existe également des productions flirtant avec l’érotisme ou la pornographie mais ne tombant pas exactement dedans, et qui, dans les années Pré-Code, sont encore relativement acceptables. Beaucoup de films mainstream comprennent des scènes de boudoir, d’habillage ou de déshabillage. Mais ça n’est pas tout…

Bathing beauties

L’exemple typique du « coquin » accepté, ce sont les Bathing Beauties : de jolies et jeunes actrices, toujours en maillot de bain, qui apparaissent systématiquement dans les comédies de Mark Sennett. Elles n’ont aucun rôle dans l’histoire mais occupent une partie de l’écran (et du temps de projection) en jouant, riant, se baignant, etc. Certaines sont de vraies actrices, d’autres de simples amatrices recrutées sur place (la plage de Santa Monica) le jour du tournage.

Films d’exploitation

Il existe une catégorie de films visant officiellement à prévenir le spectateur des dangers de l’alcool, de la drogue ou de la débauche, et qui, pour cela, montrent beaucoup d’alcool, de drogue ou de débauche. C’est le cas par exemple de Is your daughter safe ?, gros succès de 1927. Le film a été classé X et donc interdit aux moins de 21 ans mais tout de même diffusé (tard le soir) dans des salles de cinéma classiques.

Risqué movie

Sans aller jusqu’à l’exploitation, de très nombreux films Pre-Code pratiquent le risqué (en français dans le texte) : la suggestion de moment sexy, sans forcément tout montrer. Comme par exemple cette scène chantée, sous la douche…

L’exception culturelle

Enfin, restent les films d’art et essai. Certains films européens abordent la sexualité d’une manière plus directe et graphique que les films européens, et au nom de la culture, les connaisseurs peuvent parfois s’y laisser séduire. Bien entendu, on est très loin, en termes de diffusion, des Bibles de Tijuana : produit pour connaisseurs fortunés uniquement. Exemple : le film tchèque Ekstaze, avec nudité (30.00), scènes de sexe (non pornographique, avec caméra sur les visages), etc.

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