1927-1928 : L’affaire Parker

William Edward Hickman était âgé de 19 ans en 1927. Deux ans plus tôt, il avait travaillé comme serveur dans un restaurant chic, où il avait fait les poches, au vestiaire, du manteau du riche banquier Perry Parker, qui dînait là. Il lui avait dérobé plusieurs chèques mais n’avait pas tardé à être pincé dans les jours suivants. Malgré les demandes de Hickman, Parker avait maintenu sa plainte et Hickman avait passé plusieurs mois en prison.

En sortant de prison, il avait espéré entrer dans un gang irlandais mais n’avait pas tardé à en être exclu, en raison de ses instabilité de caractère.

En décembre 1927, Hickman se présenta, très bien habillé, devant la Mount Vernon Junior High School, où étudiait Marion, l’une des deux filles jumelles de Parker, âgée de douze ans. Il prétendit être un employé du banquier, annonça que celui-ci avait eu un accident et qu’il devait de toute urgence amener sa fille auprès de lui, à l’hôpital. Il sembla assez affolé et assez convaincant pour que la directrice de l’établissement lui confie la petite fille sans autre preuve.

Le lendemain, parvenaient à la demeure Parker pas moins de trois demandes de rançon pour Marion, toutes écrites de la main de Hickman. Elles comportaient le même texte, demandant 1500 dollars en bons du trésor, et étaient signées : Fate, The Fox et Death.

Parker refusa l’aide de la police, aussi bien que celle des gangs irlandais qui se proposaient d’intervenir auprès d’Hickman. Une première remise de rançon échoua en raison de la présence de policiers aux environs et il fallut attendre quelques jours pour qu’une deuxième soit organisée par Hickman. Le banquier devait retrouver le kidnappeur sur une route de campagne, lui remettre la somme et les clefs de sa voiture ; Hickman remettrait Marion et les clefs de sa propre voiture et chacun repartirait ensuite.

Lors du rendez-vous, Hickman disparut avec la voiture de Parker (qui fut retrouvée abandonnée quelques kilomètres plus loin) dès qu’il eut l’argent. Et Parker découvrit, dans la voiture (volée) de Hickman, le cadavre de Marion : ses quatre membres manquaient, son corps était exsangue, elle était éventrée de la vulve à la gorge et l’ensemble de ses organes internes étaient manquants. Pour maintenir, de loin, l’illusion de la vie, Hickman avait revêtu la fillette de vêtements d’homme collés à une portière et à une vitre, et dont les bras et jambes avaient été bourrés de papier journal. Ses yeux avaient été maintenus ouverts par des clous. L’examen du médecin légiste révéla qu’elle était encore en vie au moment où Hickman avait commencé à lui couper les membres.

Dans les jours qui suivirent, s’engagea la plus grande chasse à l’homme de l’histoire de la Californie : on estime que 40 à 50 000 personnes y participèrent, dont 20 000 policiers, des vétérans, des membres de la Garde Nationale, mais aussi des milliers de volontaires, y compris venus des États voisins. On vit même des membres du KKK et des militants des églises noires collaborer pour la recherche de Hickman.

La planque de Hickman à Los Angeles fut finalement identifiée grâce à une employée de sa blanchisserie, et lui-même fut arrêté en Orégon, suite à la diffusion d’un avis de recherche fédéral.

Chez lui, on trouva les quatre membres de Marion, enveloppés dans du papier journal, mais pas trace de ses organes internes. Interrogé, Hickman avoua l’enlèvement, mais prétendit que le meurtre avait été fait par « Quelqu’un d’autre ». Lors de son procès, il indiqua qu’il avait été guidé par une entité spirituelle appelée Providence ou Lady Black Diamond. Il dit également que la rançon était destinée à lui permettre de s’inscrire à une école pour devenir pasteur (alors qu’il était catholique).

Le premier avocat commis d’office de Hickman se retira de l’affaire. Le second accepta de plaider à condition que la presse ne révèle pas son nom. L’avocat plaida la folie mais le jury et les experts psychiatriques rejetèrent la thèse et Hickman fut condamné à mort, et pendu en octobre 1928.

Hickman monta sur l’échafaud en se déclarant satisfait : il avait vendu son âme à Lady Black Diamond en échange de la notoriété, il avait eu la notoriété. « Ma vie valait la peine d’être vécue ».

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