Los Angeles en 1943 : grandes figures

Ci-dessous : récapitulatif des grands personnages de la période, cités dans la chronologie et pouvant constituer des Influences, Contacts ou Alliés locaux pour les PJ. Il ne s’agit pas de présenter tout le monde mais bien de mettre en lumière quelques personnalités intéressantes et susceptibles soit d’être connues des PJ, soit d’illustrer un certain esprit de l’époque.

Les personnages et, parfois, les groupes, sont accompagnés d’un indice de niveau (O à OOOOO), donnant une idée relative de leur importance en termes d’Allié ou d’Influence (sachant qu’un Allié classé OOO peut parfaitement être représenté par O sur une fiche s’il est peu sûr ou peu motivé, ou par OOOOO s’il est très fidèle et disponible).

Le monde occulte

L’explosion occulte des années 1920 est bien finie mais elle a laissé des traces : comme le signale dans les années 1940 un journaliste new-yorkais, « les spiritualités alternatives restent l’une des plus importantes productions de Californie, au moins au même titre que les avocats ». De fait, si les groupes ésotériques, les sectes diverses et les cercles initiatiques se font désormais plus discrets qu’avant, ils ne sont pas moins nombreux.

L’Ancien et Mystique Ordre de la Rose+Croix / AMORC (O)

L’organisation créée par Harvey Spencer Lewis continue à attirer beaucoup de monde. Comparé à la plupart des autres groupes, l’AMORC fait figure de vénérable institution en Californie et cette ancienneté lui assure une réputation de relative innocuité : même les journalistes de la presse mainstream savent que les rosicruciens de Lewis ne sont ni des organisateurs de partouzes, ni des satanistes.

Du point de vue du monde occulte en général, l’AMORC fait figure de port franc : on y croise des gens issus de nombreuses mouvances, qui y échangent plus ou moins calmement, entre personnes qui, si elles ont des différences, se reconnaissent comme étant du même milieu.

Les Thélémites, en revanche, n’ont pas bonne presse au sein de l’AMORC : dans le courant des années 1930, des frictions ont eu lieu entre les deux organisations, essentiellement dues à des problèmes de personne entre Lewis et Smith : Lewis considérait Smith comme un dangereux fanatique, tandis que Smith ne voyait Lewis que comme une sorte de dilettante, prêt à gober les sornettes les plus absurdes.

Le fait est que l’AMORC a connu bien des errements et a même un temps flirté avec les milieux pro-nazis, notamment à l’occasion de la visite d’une délégation de l’Ahnenherbe au Mont Shasta. Si le spiritisme n’est plus vraiment à la mode, et la théosophie fait figure de pensée ancienne, de nombreux membres de l’organisation s’intéressent désormais au channeling, qui permet la communication avec les esprits des Lémuriens, entre autres. Plusieurs des membres ont d’ailleurs servi de canaux à une certaine Sharula Dux, princesse lémurienne dont le corps physique vit sous le Mont Shasta mais dont l’âme se projette fréquemment dans les réunions rosicruciennes, afin de dispenser un enseignement qui fera de ceux qui le reçoivent l’élite psychique et théologique d’un Nouvel Âge qui ne saurait tarder.

Le Cercle Adoniste / Hecata Reborn / Grande Fraternité d’Orion (OO)

L’adonisme a émergé en 1925 en Allemagne, sous la férule d’un certain Franz Sattler. Comme beaucoup d’autres mouvements ésotériques de l’époque, l’adonisme est directement issu de la théosophie. Et comme absolument tous, il prétend avoir des racines très anciennes, remontant à la plus haute Antiquité. L’adonisme emprunte à la nébuleuse Théléma son système de rangs d’initiation mais réinterprète toute la théologie thélémite pour en retirer les éléments jugés trop chrétiens et tenter de recréer un paganisme sémitique primordial.

L’adonisme pose l’hypothèse de l’existence de cinq principes divins. Belus et Biltis sont les parents divins : Belus est le principe mâle, Biltis le principe femelle. Ce sont des forces primordiales, qui ont émergé du chaos originel d’où tout est issu. Ils engendrèrent trois enfants : les garçons jumeaux Adonis et Molchos et la belle Dido.

Adonis organisa le Chaos pour créer le monde et, s’unissant à Dido, engendra l’humanité. Mais Molchos, jaloux, tua Adonis, viola Dido et l’emprisonna, puis prit le pouvoir sur la Création. Molchos est la racine de tout mal en ce monde et il est également le dieu des monothéismes. Il est le maître des faux prophètes que sont Moïse, Jésus et Mahomet.

Le but de l’adonisme est de réveiller l’étincelle divine en chaque être humain : tous sont des descendants d’Adonis et de Dido, et si leurs âmes s’éveillent, elles peuvent délivrer Dido et ressusciter Adonis, afin de ramener le monde dans son état édénique des origines et chasser Molchos dans les abîmes. Mais il faut faire vite : en l’an 2000, il sera trop tard, et le règne de Molchos sera absolu et définitif.

L’adonisme parvient à son but en ouvrant les esprits à la tolérance et à une sexualité libre et heureuse. Les cercles adonistes usent également de divers psychotropes afin de libérer les perceptions des contraintes du monde matériel. Enfin, ils encouragent au sport et au maintien d’un corps athlétique, la beauté physique étant considérée comme une manière de se rapprocher d’Adonis.

La Loge-Mère de l’adonisme, appelée Loge Hécate, a été dissoute par les autorités allemandes courant 1938, et Franz Sattler a été arrêté pour philosémitisme et complot judéo-maçonnique. Son ancienne assistante, Justine Schnattinger (dite Madame Ariana) a cependant pu fuir aux Etats-Unis, où elle s’est installée à Los Angeles. En 1940, elle a créé la Grande Fraternité d’Orion, dont la principale (et unique pour l’instant) loge se nomme Hecata Reborn et est installée à Los Angeles.

Madame Ariana / Justine Schnattinger (OO)

Elle est installée à Downtown et y reçoit, à son domicile, pour des consultations privées (elle est medium, clairvoyante et conseillère astrologique). Elle dit (peut-être à raison) compter parmi ses clients des personnalités très en vue de Los Angeles, ainsi que des chefs d’entreprise réputés. Par ailleurs, Madame Ariana dirige Hecata Reborn; elle a dédié sa vie à la préservation et à la transmission des enseignements de Franz Sattler.

Mouvement I AM (O)

Après avoir reçu sur le mont Shasta l’enseignement secret du Comte de Saint-Germain, Guy Ballard a commencé à transmettre aux masses le message sacré de la doctrine I AM. I AM est la réalité divine intrinsèque de l’univers : c’est Dieu manifesté en chaque être humain. Chaque personne a son propre I AM, lié à son âme et à son individualité et dans le même temps distinct d’elles. L’I AM peut être considéré comme une sorte d’ange gardien (le mouvement utilise d’ailleurs très largement l’image des anges), qui réside dans la tête de chaque personne et se manifeste sous la forme de lumière dorée ou d’arcs-en-ciel que les initiés sont capables de percevoir. La doctrine du mouvement I AM permet d’entrer en contact avec sa propre entité I AM et de lui ordonner d’agir. Les ordres que l’on peut donner à son I AM sont appelés décrets et sont généralement liés à une couleur et à un élément. Ainsi, le premier décret qu’un nouvel initié apprend à formuler est le Décret de la Flamme Violette ; le décret ultime, connu seulement de Guy et d’Edna, est le Décret du Vent Immaculé, qui a pour fonction de permettre l’Ascension, c’est-à-dire l’entrée directe dans le Paradis (la dimension spirituelle), sans passer par la mort. C’est par amour de l’humanité, et parce qu’ils ont encore une mission à accomplir sur Terre, que ni Guy ni Edna n’ont encore prononcé leur propre Décret du Vent Immaculé.

Auteur prolifique et showman charismatique, Guy Ballard a su attirer autour de lui une grande quantité de fidèles : le Mouvement I AM compte plusieurs dizaines de milliers de membres et dispose, à Los Angeles même, de deux temples. Une retraite spirituelle près du Mont Shasta existe également, ainsi qu’une organisation à vocation universitaire, étudiant la parapsychologie, et nommée Fondation Saint-Germain. En 1938, au sommet de sa gloire, I AM a enregistré son millionième membre. Guy et Edna Ballard ne demandent rien aux adeptes, si ce n’est d’assister aux offices et aux leçons, mais ils acceptent les cadeaux spontanés (appelés dons d’amour) ; les livres des Ballard (Unveiled Mysteries paru en 1934 et The Magic Presence, 1935) se vendent également très bien, et ils disposent d’un grand nombre de produits dérivés : anneaux magiques (12 $ pièce), posters de Guy Ballard (2$50c), enregistrements audio de la voix du Comte de Saint-Germain (en channeling via le corps de Ballard ; 10$ pièce), et ainsi de suite.

En 1939, cependant, il se passa quelque chose d’imprévu : Guy Ballard mourut. Il ne monta pas au Paradis de son vivant mais fit une bête artériosclérose. Edna déclara quelques jours après que sur son lit de mort, son mari avait bel et bien prononcé le Décret du Vent Immaculé mais que celui-ci était resté sans effet immédiat, en raison du faible avancement spirituel de l’humanité en général. En revanche, la mort physique, suivie d’une crémation selon un rite spécifique (qu’elle révéla pour l’occasion) pouvait amener une âme assez initiée à une Ascension véritable. L’explication ne suffit pas vraiment à convaincre tous les adeptes et dans les années suivantes, le mouvement se délita peu à peu.

Deux ans plus tard, Edna fut au cœur d’un procès pour plagiat : les ayant-droits du spirite Frederik Oliver, auteur d’un livre sur le mont Shasta, prétendit en effet détenir des droits sur la méthode de channeling (possession volontaire par un esprit, ou, en ce qui concerne les Ballard, par un Supérieur Invisible) utilisée par les Ballard pour écrire leurs livres : à ce titre, il exigeait un pourcentage sur l’ensemble des ventes de leurs ouvrages. Edna gagna le procès mais une part de la communauté se détourna d’elle à cette occasion.

En 1943, le Mouvement I AM compte encore environ 700 000 membres. La Fondation existe toujours et les temples sont fréquentés. L’hémorragie semble s’être calmée. Mais un nouveau procès est en cours : son fils Donald et elle sont au cœur d’une polémique concernant une éventuelle fraude postale. L’envoi de documents mensongers par voie postale (c’est-à-dire en rendant l’Etat fédéral complice de son forfait) est en effet un délit fédéral aux Etats-Unis et certains critiques du Mouvement ont utilisé cette méthode pour attaquer Edna et Donald Ballard, en prétendant qu’ils ne croient pas eux-mêmes aux sornettes qu’ils commercialisent. Un procès est en cours, basé non sur la véracité ou pas des propos des Ballard, mais bien sur leur sincérité personnelle.

Edna Ballard / Lotus Ray King (OO)

Edna est désormais seule à la tête du mouvement I AM, secondée par son fils Donald. Au sein du mouvement, elle se fait appeler Lotus Ray King, qui est le nom secret que Saint-Germain a révélé être le sien. Plus discrète et moins charismatique que ne l’était Guy, elle peine encore à rassembler autant de fidèles. Elle a toutefois réussi à préserver l’essentiel de la structure, notamment en s’appuyant sur la Fondation Saint-Germain, qui a financé plusieurs thèses universitaires en psychologie et parapsychologie, s’achetant par ce biais un peu plus de crédibilité. En 1943, son fils Donald n’est plus là pour la seconder : appelé à l’armée, il est actuellement déployé en Afrique du Nord.

La Loge Agape (OTO) (OOO)

Apparue officiellement en 1935, la Loge Agape répondait à un besoin sur le plan local : permettre la rencontre de personnes, surtout issues des milieux cultivés, intéressées par un ésotérisme plus sérieux que la chasse aux lémuriens ou la conception de machines à ondes parapsychiques. Si plusieurs micro-groupes d’inspiration théosophique existaient déjà en Californie, la Loge Agape a bénéficié d’un faisceau de circonstances favorables : l’intervention de Karl Germer, celle de Smith, une belle campagne de publicité et la fréquentation de plusieurs stars d’Hollywood. Enfin, la destruction du réseau de l’OTO en Allemagne et les multiples procès de Crowley en Grande-Bretagne ont fait, en quelques années, de la Loge Agape le plus important rassemblement thélémite au monde.

Il ne faut pas confondre l’OTO et Thelema : bien que les deux soient très proches, l’Ordo Templi Orientis est avant tout une organisation initiatique. Thelema est une spiritualité et une croyance religieuse. La Loge Agape est à la fois une loge de l’OTO est un centre spirituel thélémite.

Le thélémisme encourage ses adeptes à suivre leur propre volonté avant tout. Mais encore faut-il être capable de comprendre ce qu’est exactement sa volonté propre, individuelle et intérieure : elle est souvent confondue avec une volonté vulgaire, superficielle, fruit d’une éducation visant avant tout à limiter les potentialités de l’individu. Celui qui parvient à s’éveiller à sa volonté véritable devient capable de soumettre le réel à cette volonté : il devient un magus. Mais au-delà du magus, existe l’ipsissimus, qui a réussi à totalement échapper à la prison qu’est le réel et à atteindre une forme de transcendance : il existe au-delà de l’espace et du temps et a acquis une forme de divinité. La mystique de Thelema fait appel à plusieurs entités divines, notamment Nuit (la déesse de la nuit et du ciel, déesse-mère des origines), Hadit (décrit comme un point infiniment petit, il est à la fois l’opposé et le consort de Nuit), Horus, Harpocrate, Babalon et Thérion.

En 1943, après des hauts et des bas et une série de scandales, la Loge est solidement implantée, sous la direction de Parsons. Elle ne tient plus qu’occasionnellement des messes gnostiques publiques mais a néanmoins relativement pignon sur rue. A l’exception des membres dirigeants, toutefois, l’appartenance à la Loge demeure secrète.

Wilfred Talbot Smith (OOO)

Smith est né en Grande-Bretagne mais c’est au Canada, peu avant la Première Guerre Mondiale, qu’il a été initié au sein de l’OTO. Par ailleurs enthousiasmé par la pensée thélémite, il a été parmi ses grands promoteurs au sein de l’organisation occulte, surtout après sa rencontre avec Crowley en 1915. Installé à Los Angeles depuis 1922, il a fréquenté de nombreux cercles ésotériques mais s’est rapidement détaché d’organisations telles que l’AMORC, qu’il jugeait peu sérieuses. Ce n’est qu’en 1935 qu’avec l’aide de Jane Wolfe et de Karl Germer il a finalement réussi à créer la Loge Agape.  

En 1943, Smith s’est en grande partie retiré de la direction de la Loge, qu’il a laissé à Parsons. Il assiste toujours aux messes gnostiques et participe activement aux pratiques magiques visant à assurer la victoire des Alliés dans la guerre mais, à part cela, ne fréquente plus beaucoup les autres membres de l’OTO. Il vit essentiellement d’un travail administratif pour une compagnie de gaz et des cours particuliers de magie rituelle qu’il donne. Il est également le représentant local de la méthode PMS (Psychomagician Society), un système d’autosuggestion proche de la méthode Coué, fondé au Canada par un membre de l’OTO ; à ce titre, il donne régulièrement des conférences sur le développement personnel et la puissance de la volonté individuelle.

Smith collabore activement à plusieurs publications spécialisées. Ses relations avec Russel sont tumultueuses, les deux hommes se détestant. On lui prête une liaison avec Jane Wolfe, encore que celle-ci soit surtout sa partenaire en magie sexuelle. Il aurait une liaison avec Regina Kahl, ainsi qu’avec Helen Parsons, l’épouse (désormais uniquement officielle) de Jack Parsons.

Jane Wolfe / Soror Estai (OOO)

A plus de 70 ans, Wolfe n’est plus la beauté qu’elle était autrefois et n’apparaît plus que très occasionnellement dans des films, et uniquement pour des petits rôles de grand-mère ou autre vieille dame. Proche à la fois de Crowley et de Russel, elle est considérée comme une experte en magie sexuelle, et comme l’une thélémistes les plus expertes de Californie. Elle fait partie de la Loge Agape; son aura de star d’Hollywood a beaucoup fait pour attirer des fidèles au sein de la Loge. Plus récemment, elle s’est détachée des pratiques quotidiennes de l’OTO, pour se consacrer plus spécifiquement à l’étude magique : c’est elle qui a été à l’origine du chapitre californien de l’AA.

Jack Parsons (OOO)

John Marvel Whiteside Parsons, dit Jack, dit aussi Jim, est avant tout un petit génie scientifique : à peine âgé de 29 ans, il a été propulsé dès la fin de ses études à la tête d’un groupe de recherche au JPL. Ses recherches exactes sont classées secret-défense et il bénéficie d’une protection rapprochée de la part de l’armée et du FBI. Cette protection explique sans doute en partie pourquoi on lui pardonne bien des frasques.

Après un bref passage par le marxisme, Parsons s’est converti à Thelema en 1939. Il a rejoint la Loge Agape en 1941 avec sa femme Helen Northrup et, dès 1942, en a pris la tête. Il a déplacé le cœur de la Loge dans sa vaste demeure d’Orange Grove Avenue, à Pasadena.

Il a depuis peu sympathisé avec un des nouveaux venus à la Loge, le jeune Lafayette Ron Hubbard, avec lequel il dit être en train de travailler à un rituel permettant de faire faire à l’humanité un immense bond spirituel en avant.

Regina Kahl (OO)

Professeur d’art dramatique et fidèle d’entre les fidèles des Messes Gnostiques, Regina a été (et est encore, en 1943) l’une des grandes recruteuses de l’OTO. Elle fréquente le milieu des castings hollywoodiens et à ses entrées dans de nombreux studios. Elle est aussi l’une des assistantes de Smith et une proche de Parsons. Il se dit qu’elle est également très impliquée dans certains rituels peu recommandables, mais ceux qui affirment cela ne le font qu’à voix basse. On ne sait jamais…

Sara Northrup / Sister Cassap (O)

Sara n’a que 19 ans en 1943 (elle est donc encore mineure) et a pourtant été initiée dès 1941. Il semble y avoir en elle quelque chose d’étrange : un charme mystérieux et vénéneux qui attire et repousse à la fois, fascine et séduit aussi bien les hommes que les femmes. On lui prête de très nombreuses liaisons, mais aussi et surtout un pouvoir magique d’une puissance brute incroyable.

Les Messes Gnostiques

Si elles ne sont plus ouvertes au grand public, les Messes Gnostiques de la Loge Agape demeurent ouvertes aux profanes : il suffit de se présenter le jour dit, à l’heure convenue, pour assister à l’office. Le seul fait d’être au courant du jour et de l’heure (le lieu est connu : c’est le manoir de Parsons à Pasadena) indique déjà que l’on n’est pas un simple curieux. En effet, l’information n’est pas absolument secrète mais elle ne peut être obtenue que d’un membre ou en recevant la lettre d’information mensuelle de la Loge.

La Messe Gnostique, d’abord réalisée uniquement en privé par Crowley dans sa demeure de Sicile, a été rendue publique pour la première fois par la Loge Agape.

Une Messe Gnostique exige un Grand Autel, toujours couvert d’un drap écarlate. L’Autel est orienté soit vers l’Est, soit, comme c’est le cas à Los Angeles, dans la direction précise de Boleskine House (l’ancienne demeure de Crowley, près du Loch Ness). L’autel est orné de 22 bougies (chacune marquée d’une lettre de l’alphabet hébraïque), d’une reproduction de la Stèle de la Révélation, d’un Liber Legis, d’une coupe et de deux bouquets de roses. La cérémonie exige la présence de cinq officiants au moins : un couple prêtre-prêtresse, un diacre et deux acolytes (appelés Enfants).

L’assistance pénètre dans la salle consacrée à une heure précise, et est reçue par le diacre, qui se tient près d’un petit autel secondaire (l’Autel de l’Encens), orné d’un arbre séphirotique et portant le mot « Tipheret ». La prêtresse présente le Liber Legis à l’assemblée et prononce le Crédo Gnostique (« Je crois en un Seigneur secret et ineffable, en en une Etoile d’entre la Compagnie des Etoiles dans le feu duquel nous avons été créés, et vers lequel nous reviendrons ; et en un Père de Vie, Mystère d’entre les Mystères, dont le Nom est CHAOS et qui est l’unique lieutenant du Soleil en ce monde ; et en un principe aérien, qui nourrit tout ce qui respire. Et je crois en une Terre, la Mère Universelle, et en une Matrice dont toute l’humanité est issue, et en laquelle toute l’humanité trouvera son repos, Mystère d’entre les Mystères, et son Nom est BABALON. Et je crois en un Serpent qui est aussi un Lion, Mystère d’entre les Mystères, et son Nom est BAPHOMET. Et je crois en une Eglise Gnostique et Universelle, Eglise de Lumière et de Vie, d’Amour et de Liberté, et son Nom est THELEMA. Et je crois à la communion des Saints. Et, de même que notre nourriture et notre boisson deviennent chaque jour pour nous une nourriture spirituelle, je crois au Miracle de la Messe. Et je témoigne du Baptême de Sapience qui m’a été donné, et par lequel nous accomplissons le Miracle de l’Incarnation. Et je témoigne de ma vie, unique, individuelle et éternelle, qui fut, qui est et qui sera. AUMGN, AUMGN, AUMGN. »).

Les deux enfants viennent alors à elle, et elle adopte un déhanchement serpentin, tournant autour de l’autel de l’encens et du Grand Autel, parfois en se traînant à terre, représentant par ce rituel les entrelacements de Kundalini. Elle se saisit ensuite d’une épée, par laquelle elle fend en deux le voile qui couvre le Grand Autel (ou parfois un placard à part, appelé la Tombe), qu’elle ressuscite symboliquement ; il bénéficie alors d’ablutions rituelles, puis se voit remettre une robe écarlate et une couronne ornée d’un serpent d’or, ainsi qu’une lance, qu’il élève onze fois. Il place ensuite la prêtresse sur le Grand Autel, qu’il recouvre d’un nouveau voile. Elle demeure cachée de l’assemblée, tandis que le prêtre fait trois fois le tour des lieux en bénissant l’assemblée.

Chaque circumambulation du temple est accompagnée d’une invocation (d’abord à Nuit, puis à Hadit, enfin à Horus). Au terme des trois invocations, le prêtre écarte le voile de l’autel de sa lance, révélant la prêtresse, nue, qui incarne désormais la Sophia se révélant (il est alors d’usage que les profanes cillent ou se cachent les yeux, tandis que les initiés la regardent sans détour). Onze prières collectives sont ensuite adressées à diverses puissances (au soleil, à la lune, au Seigneur, à la Dame, aux Saints Gnostiques, à la Terre, aux Principes, à la Naissance, à l’Union, à la Mort et à la Fin), après quoi les quatre éléments sont invoqués pour bénir et consacrer l’eucharistie. Cette eucharistie est composée de vin et d’un « pain de lumière » (une galette au miel et à l’huile d’olive), qui représente l’union du Microcosme (l’Homme) et du Macrocosme (le Divin). Après le partage par l’assemblée, viennent les dernières bénédictions, qui s’achèvent par la proclamation des la Loi de Thelema (Fays ce que vouldra) et du Principe Divin (« Il n’est nulle part de moi-même qui ne soit divine).

United Lodge of Theosophists (ULT) (OO)

L’ULT représente le courant théosophique « orthodoxe » : fidèle aux enseignements de Blavatsky, la Loge prêche l’existence d’une antique confrérie secrète de Maîtres spirituels, dont le centre se trouve en Aggartha. Ces Maîtres ont enseigné qu’il n’existe qu’un seul Absolu, dont l’ensemble de ce qui nous semble être le réel n’est qu’une émanation ou un reflet. L’objectif de la vie humaine est de permettre à l’individu de s’émanciper du cycle des réincarnations ; à la différence de l’hindouisme, le karma théosophique, qui permet cette émancipation, s’acquiert par le biais de l’initiation et de l’illumination, et non par l’observation d’un code éthique spécifique.

L’ULT a été établie officiellement en Californie à la fin des années 1920 mais a commencé ses activités réelles à partir de 1932. Lesdites activités comprennent : l’organisation de conférences et de cours (l’organisation dispose d’un petit palais des congrès, le Theosophy Hall), ainsi que l’édition de plusieurs revues spécialisées et ouvrages savants. Ce n’est pas vraiment le genre d’organisation dans laquelle on peut trouver des pratiquants des arts occultes : plutôt des chercheurs, des érudits et des historiens de la pensée ésotérique, ainsi que quelques spirites.

Astrum Argentinum (OOO)

Si le chapitre californien de l’AA est de faible envergure, il n’en est pas moins bien organisé et présent. Contrairement à l’OTO, qui est une structure en partie visible et qui se fait connaître du grand public, l’AA est strictement secret. On n’y entre que par cooptation, l’initiation y est très progressive et la hiérarchie rigoureuse (les membres de degré inférieur n’étant même pas autorisés à connaître l’existence ou l’identité des autres). L’AA se consacre à la mystique et à l’étude magique, en déconseillant d’ailleurs souvent la pratique opérative.

Grady Louis MacMurtry (OO)

A la fois membres de l’AA et de l’OTO, MacMurtry vit entre la Californie et Londres, où il séjourne six mois par an. Il est l’élève personnel d’Aleister Crowley, et le tenant, en Californie, d’une ligne thélémite traditionnelle et proche de la parole du Maître. Pour autant, il est localement moins influent que les leaders de la Loge Agape. Il n’en demeure pas moins l’un des plus grands experts en yoga de l’OTO, et est réputé avoir développé la technique yogique à un point tel que la sexualité n’est même plus nécessaire à sa pratique magique.

Gnostic Body of God / Great Brotherhood of God / Choronzon Club (O)

La Choronzon Club a été fondé en 1922 à San Francisco par Cecil Frederick Russel. Il a par la suite changé de nom, pour devenir GBG (Great Brotherhood of God ou Gnostic Body of God). Le GBG n’est pas réellement un groupe défini : plutôt un réseau de correspondants, abonnés à la lettre d’information de Cecil Russel, et se rencontrant occasionnellement, dans le cadre des cours donnés par Genesthai.

Cecil Russel / Genesthai (OO)

Jeune appelé durant la Première Guerre Mondiale, Russel a rencontré Crowley à New York en 1918. Il fut initié au sein de l’OTO et de Thelema par Crowley en personne, puis, en 1920 et 1921, vécut avec Crowley dans sa villa de Sicile. C’est Crowley qui donna à Russel son nom magike de Genesthai. Les deux hommes entretiennent à cette période une relation homosexuelle brutale, basée sur un dégoût mutuel. Leur liaison prend fin en 1922. Russel rentre alors aux Etats-Unis, s’installe à San Francisco et y fonde le Choronzon Club, qu’il définit comme a shortcut to initiation. Cela marque une rupture définitive avec l’OTO, qui accuse Russel de révéler à des profanes des secrets initiatiques qui sont normalement réservés à des membres de longue durée. De plus, estimer qu’on peut créer des raccourcis dans l’initiation est, du point de vue de l’ésotérisme classique, n’avoir pas compris ce qu’est l’initiation en tant que processus. Le club connut néanmoins un certain succès, essentiellement du fait du contenu de ses enseignements, très portés sur la magie sexuelle. Russel est un adepte du dianisme (« le congrès charnel sans émission de semence ») et de l’alphaïsme (mimer l’acte charnel, sans pénétration réelle). Dénoncé comme traitre à l’OTO par Crowley en 1934, Genesthai a officiellement renoncé à toute référence à Thelema dans ses travaux. Il a également mis fin à l’existence de GBG en tant que groupe organisé à partir de 1938. Bien que GBG ait son siège à Chicago, c’est bien en Californie que Genesthai a le plus d’adeptes ; lui-même installé à San Francisco, il visite souvent Los Angeles. Il est en froid avec la Loge Agape.

Laura Laplante, starlette spirite (O)

Laura Laplante (ou La Plante, ou La Plant) a (presque) tout de la starlette blonde typique de la décennie précédente : une carrière dans le muet, quelques petits scandales grivois dans les années 1920, puis une semi-retraite d’Hollywood après avoir épousé Irving Asher, un important producteur de la 20th Century Fox. Depuis, elle est devenue une dame impeccable de la bonne société californienne, alternant entre vie de famille et brèves apparitions dans des seconds rôles. Seule spécificité : c’est une tenante du spiritisme, pourtant nettement passé de mode. Elle réunit régulièrement autour d’elle des curieux, de simples mondains et quelques-uns des membres des cercles théosophiques pour des soirées consacrées à l’appel des esprits. Les soirées de Laplante n’ont rien de particulièrement intéressantes d’un point de vue ésotérique mais elles font partie des événements incontournables quand on est un gourou et qu’on souhaite percer à Los Angeles.

Eve Southern, la mystique d’Hollywood (O)

Si elle ne joue plus que très occasionnellement, et uniquement des seconds rôles, Eve Southern a conservé une certaine notoriété à Hollywood. Principalement parce qu’elle est considérée par un certain nombre de professionnels du cinéma comme une authentique mystique, capable de voir les auras, de parler aux anges gardiens et de contacter les esprits en rêve.

Le monde religieux

Pas si éloigné que cela du monde occulte, il est également très actif. Les prêcheurs sont nombreux, aussi bien parmi les religions américaines classiques que dans des cultes plus exotiques et plus récemment introduits.

Note : certains groupes pouvant être qualifiés de sectaires, comme la Lemurian Fellowship, apparaissent ici. En effet, du fait de leur organisation relativement ouverte et de leur absence de pratiques ésotériques, ils relèvent, au même titre que, par exemple, la Scientologie dans les décennies qui suivront, davantage d’une Influence de type Eglise que d’une Influence Occulte. Mais il est vrai que pour des cas-limite, comme I AM ou la Lemurian Fellowship, la séparation entre l’un et l’autre secteur est purement arbitraire.

John Joseph Cantwell (OOOOO), archevêque de Californie

Archevêque de Californie, Cantwell est un Irlandais de naissance, arrivé dans la région au cours des années 1920. Il a d’abord occupé le poste d’évêque de Monterey, avant d’être créé archevêque par le Pape en 1936. Il a d’ailleurs été le premier à occuper ce poste, ses prédécesseurs étant archevêques des Deux Californies (la Haute et la Basse) à la fois, ce qui commençait à poser des problèmes à la fois administratifs et diplomatiques.

Pour Irlandais qu’il soit, Cantwell n’a pas oublié que son domaine était très largement hispanophone, et il a, au cours des dernière années, ouvert plus d’une vingtaine d’églises dans lesquelles le culte se fait en langue espagnole. Il se sait également en terre de mission, et a très largement encouragé les initiatives d’évangélisation et de conversion au catholicisme dirigées vers les Indiens d’une part, et vers les WASP d’autre part.

D’un point de vue politique, c’est un conservateur : il a très fortement soutenu le Code Hays mais en déplorant qu’il n’aille pas assez loin à son goût. Aussi a-t-il fondé la Légion Catholique Américaine de la Décence, qui recrute parmi les acteurs et réalisateurs catholiques d’Hollywood, et publie tous les mois un guide des films qu’un bon catholique peut voir et ceux qu’il doit éviter, ce qui assure à Cantwell une influence considérable sur les studios (un film considéré comme inacceptable par lui ayant de fortes chances de beaucoup moins vendre en salle). La Légion a beaucoup fait pour la promotion des comédies légères et bien-pensantes, ainsi que des spectacles musicaux décents.

Une fois par mois, Cantwell dit lui-même la messe, à l’église Santa Vibiana (Downtown Los Angeles). Il y prie généralement pour la paix dans le monde et pour la décence et la correction à Hollywood.

Durant la Guerre Civile Mexicaine, Cantwell a soutenu les Cristeros et l’église californienne a été soupçonnée de servir de filière d’évasion à des guérilleros fuyant le pays. Par ailleurs, Cantwell ne cachait pas, dans les années 1930, ses sympathies mussoliniennes. Il avait d’ailleurs organisé plusieurs séries de voyages à Rome pour ses fidèles, afin d’allier pèlerinage religieux et visites guidées avec commentaires admiratifs quant aux grandes victoires du Duce. Depuis l’entrée en guerre des Etats-Unis, il a prudemment renoncé à ce type d’initiative.

Aimee MacPherson et l’Angelus Temple (OOOO)

La prêcheuse pentecôtiste, dont l’enlèvement, réel ou mis en scène, avait fait couler tant d’encre dans la décennie précédente, est toujours là et bien là. Durant la Grande Dépression, son Angelus Temple a acquis une extraordinaire popularité, notamment en récupérant des invendus de nourriture et en organisant de grands dîners gratuits pour les nécessiteux (quelque chose dans le genre des Restos du Coeur), même s’il a été éclaboussé par un nouveau scandale peu avant la fin de la Prohibition, quand il a été révélé que des cargaisons d’abricots trop mûrs avaient été utilisées par l’un des proches de MacPherson pour fabriquer de la gnôle, et non les confitures qui étaient prévues, et que le produit des ventes avait été reversé (apparemment à l’insu de la prêcheuse) dans les caisses du Temple.

L’action sociale de l’Angelus Temple a été réelle durant les années les plus sombres de la Dépression, et MacPherson a gagné en popularité d’une part en refusant, dans ses dons, de faire la différence entre « méritants » et « non-méritants », et d’autre part en n’opérant aucune discrimination raciale. Elle y a gagné une aura de sainteté qui la rend, semble-t-il, inaccessible à la critique. Depuis 1930, son église est la seconde plus fréquentée de la région : un californien sur quatre s’y rattache, contre un sur trois pour l’église catholique romaine : Aimee Mac Pherson a donc quasiment le même statut institutionnel que l’archevêque Cantwell.

Sur le plan de ses prêches, elle prône un christianisme « du coeur », croit à l’intervention des anges et aux miracles, guérit occasionnellement par imposition des mains et a intégré aussi bien des Noirs que des Hispaniques dans ses communautés. Ses offices religieux sont généralement de grands spectacles, dans lesquels elle n’hésite pas à se costumer, et qui sont souvent radiodiffusés et parfois même filmés et diffusés dans les cinémas de la région le dimanche suivant.

Dans les années 1930, MacPherson a un temps flirté avec le pacifisme et le non-interventionnisme. Mais à partir de 1937 et de la Guerre d’Espagne, elle a changé radicalement son discours, appelant les chrétiens à s’unir contre les totalitarismes (« La Bible contre Mein Kampf, la Croix contre la svastika »). L’Angelus Temple tient, depuis le début des hostilités, des marathons de prières collectives, durant habituellement 24 heures, mais parfois davantage (comme celui du printemps 1942, où Aimee MacPherson s’est écroulée de fatigue après 44 heures de prières collectives sans interruption); l’institution est également fortement impliquée dans le soutien matériel aux familles des mobilisés, mais aussi dans un effort réel d’amélioration du sort des américano-japonais retenus dans les camps.

Mais il y a d’autres facettes au personnage d’Aimee MacPherson : des rumeurs régulières parlent d’amants secrets, d’enrichissement personnel, de lesbianisme, d’alcoolisme, de dépendance aux antidépresseurs ou à la cocaïne. Il y a également des conflits de personnes, très réguliers et souvent très bruyants, l’opposant à quasiment tous les autres leaders religieux de la région.

Révérend Gustav Arminius Briegleb (OOO)

C’est le pasteur presbytérien qui a « ramené Charles Crawford vers Jésus » … et n’a touché pour cela que bien peu, comparé à ce qui lui avait été promis. En 1943, il anime une émission de radio-évangélisme hebdomadaire, très écoutée, et se consacre à un travail de missionnaire, essentiellement en prison et auprès des délinquants en général. Mais la carrière de Briegleb ne se limite pas à cette affaire : il a été plusieurs fois condamné pour diffamation sur les ondes, suite à ses dénonciations parfois intempestives de la violence, du stupre et de la corruption. Il s’est aussi exprimé, souvent très mal à propos, dans l’affaire Northcott. Cela n’a cependant pas vraiment nui à sa carrière, et en 1943 il reste un prêcheur populaire et suivi.

Le groupe Vedanta et son ashram (OO)

D’abord créé autour de la personnalité charismatique de Swani Prabhavananda, le groupe a d’abord attiré des immigrés venus du sous-continent indien. Mais avec la montée en popularité de Gandhi, toutes les formes d’hindouisme sont devenues à la mode. En plus premier temple, fondé en 1930 sur les collines d’Hollywood grâce aux dons généreux d’un membre demeuré anonyme de l’organisation, des annexes ont été construites à travers toute la Californie, ainsi qu’un ashram pour les retraites spirituelles, à Santa Barbara.

Le temple d’Hollywood accueille un culte plusieurs fois par semaine, ainsi que des enseignements (cours de sanskrit, lectures, méditation, yoga…) plusieurs fois par semaine, généralement le soir.

Le fondement de la pensée Vedanta réside dans la certitude que l’Atman (la véritable identité personnelle, souvent voilée et qu’il s’agit pour le fidèle de découvrir et de faire émerger) se confond avec le Brahman, principe absolu et unique à l’origine de tout ce qui est. Basée sur l’ascétisme, la renonciation aux biens matériels, le service aux pauvres et aux malades et à la découverte spirituelle intérieure, la mystique vedanta pousse en outre le pratiquant à se désintéresser fondamentalement de la politique. Bien qu’ayant attiré un certain nombre de personnes admiratrices de Gandhi, l’ordre Vedanta se déclare en effet totalement indifférent à la cause nationaliste indienne.

La mystique hindouiste a attiré plusieurs personnalités du monde intellectuel et littéraire californien, et notamment Christopher Isherwood, Aldous Huxley, Bertrand Russel ou encore Jiddu Krishnamurti.

Robert Steele et la Lemurian Fellowship (OO)

Il y a plus d’un million d’années, la civilisation de Mu (également appelée Lémurie, ou encore Mukulia) parvint au pinacle de la sagesse, de la prospérité et de la connaissance, par l’application de la Loi Universelle. Quand ils se rendirent compte de la destruction imminente de leur continent par une série de séismes et d’éruptions volcaniques, les grands sages de Mu, également appelés Anciens, Maîtres, ou encore Frères Aînés, projetèrent leur esprit vers l’avenir, à la recherche d’une âme humaine capable de recevoir leur enseignement, afin que la Loi Universelle ne soit pas perdue et que l’humanité connaisse à nouveau un âge d’or. Et la première âme qu’ils trouvèrent fut celle de Robert Steele.

Afin de transmettre cet enseignement révélé, Steele fonda la Lemurian Fellowship et entreprit de donner des cours (physiques et par correspondance). La philosophie de la LF allie des éléments de la pensée occidentale (principes chrétiens, tirés des Evangiles) et de la pensée orientale (réincarnation, karma). L’initié est invité à comprendre les grandes lois d’harmonie qui régissent l’univers : quiconque comprend ces lois éveille son âme (appelée Ego) et peut dès lors prendre le parfait contrôle de sa destinée. Convertir l’ensemble de l’humanité à la Loi Universelle des Lémuriens permettrait de faire naître une ère de prospérité et de félicité pour le monde entier.

Le groupe possède un vaste terrain au sud de l’Etat, près de la ville de Ramona, où il a installé un centre de formation, ainsi que plusieurs bâtiments destinés à accueillir les stagiaires, qui viennent des quatre coins des Etats-Unis.

Voice of Healing et la Christian Science

La Christian Science est un mouvement remontant au dix-neuvième siècle, et fondé par une certaine Mary Baker Eddy, qui prétendit avoir découvert quelle était la science utilisée par Jésus pour procéder à ses guérisons miraculeuses. Après la mort d’Eddy vers 1890, le mouvement s’est poursuivi : ses membres sont pour la plupart des guérisseurs par imposition des mains ou des « conseillers chrétiens », pouvant aider leurs adeptes/clients à résoudre tous les problèmes de leur existence, à condition qu’ils suivent scrupuleusement leurs avis. Au fil des décennies, le mouvement a cependant en grande partie perdu de sa popularité, notamment en raison de son rejet de la médecine moderne.

La Californie a vu l’apparition d’un phénomène curieux : alors que dans le reste du pays, la Christian Science est en concurrence avec le mouvement New Thought (qui se veut plus ou moins panthéiste et pense que les maladies n’existent pas et ne sont que le résultat d’une mauvaise idée que nous nous faisons de nous-mêmes, mauvaise idée que l’étincelle divine qui est en chacun de nous transforme en réalité), lequel propose également des médecines alternatives (par une méthode d’auto-conviction proche du système Coué), les deux groupes ont donné naissance, localement, à Voice of Healing, un mouvement syncrétique proposant l’étude de la « science vibratoire christique », des « harmonies universelles » et des « notes subtiles », inaudibles à l’oreille humaine (mais qui peuvent résonner via des cristaux), ainsi que du channeling angélique. Plus étonnant encore : son fondateur, le Révérend Walker, est un ancien thélémite.

Le monde culturel

Littérature

Christopher Isherwood

Ecrivain issu de la meilleure société britannique, ayant étudié à Londres, à Paris et à Berlin, et jadis destiné à être un universitaire brillant mais sans rien qui dépasse du cadre, Isherwood, en 1930, a réalisé l’impensable : il a publiquement proclamé son homosexualité et est parti s’installer à Berlin (ville alors très permissive), où il a vécu de l’enseignement de l’anglais, tout en multipliant les aventures avec ses étudiants et en tenant un journal érotico-romantique. Chassé d’Allemagne comme décadent par les nazis en 1933, il a publié depuis un grand nombre de novellas présentant le milieu homosexuel underground. Quelques années plus tard, il s’est aventuré en Chine, où il a été reporter de guerre jusqu’en 1939, faisant preuve d’un courage physique réel pour couvrir le conflit sino-japonais.

Isherwood s’est installé en Californie en 1940 : il y vit de l’écriture de scénarios pour Hollywood, fréquente le centre spirituel Vedanta et est devenu l’une des figures de la nuit à Los Angeles. Son homosexualité ouverte et affichée le rend sulfureux, mais son statut de victime du nazisme le rend peu attaquable sur ce plan. Auteur sulfureux, plus populaire au sein des connaisseurs que du grand public, il s’intéresse de près aux jeunes auteurs, essayant notamment de faire connaître Ray Bradbury, dont il admire le talent naissant.

Aldous Huxley

Lui aussi écrivain britannique installé en Californie, Huxley, connu pour Le Meilleur des Mondes, vit essentiellement de la vente de scénarios à Hollywood, bien plus que de ses droits d’auteur littéraires.

Pacifiste, militant végétarien et adepte du yoga, Huxley fréquente le cercle Vedanta, mais on l’a déjà vu également dans des Messes Gnostiques. L’argent qu’il gagne à Hollywood lui permet de contribuer à financer plusieurs associations d’aides aux victimes du nazisme. Parallèlement, il mène, seul ou avec de petits groupes d’autres personnes intéressées par ce sujet, des expériences de vision mystique et d’exploration intérieure, notamment grâce à de la mescaline.

Robert Heinlein

Ancien militaire, ayant été obligé de quitter la Navy pour cause de tuberculose, Robert Heinlein s’est d’abord essayé à la politique, en flirtant notamment avec le socialisme via le mouvement EPIC. Puis il s’est orienté vers l’écriture de science-fiction, en s’attelant notamment à une « histoire du futur », décrivant le devenir de l’humanité entre 1950 et 2600.

En 1940, c’était un auteur encore jeune mais très actif, responsable notamment du groupe La Mañana, un cercle d’écrivains de science-fiction qui a pris l’habitude de se réunir en début de soirée, de débattre d’un sujet (généralement en buvant beaucoup d’alcool), puis de passer la nuit à écrire, avant, au matin de comparer les courtes nouvelles ainsi obtenues au cours de lectures publiques dans des cafés de Santa Monica ou de Venice.

En 1943, le groupe poursuit ses activités sans Heinlein, qui s’est porté volontaire pour rejoindre à nouveau l’armée et a été affecté dans une base navale de Pennsylvanie.

Ayn Rand

New-yorkaise jusqu’au bout des ongles, Rand visite cependant souvent Los Angeles, où elle vend des scénarios aux studios d’Hollywood. Juive russe immigrée aux Etats-Unis pour fuir le communisme, Rand (de son vrai nom Alissa Zinovievna Rosenbaum) est devenue à la fois l’incarnation de l’immigrée qui a réussi et su saisir les opportunités offertes par les Etats-Unis et la porte-parole d’une certaine pensée américaine : celle du libéralisme qu’on n’appelle pas encore libertaire, mais qui va générer, dans les années suivante, une partie du mouvement libertarian. Pour elle, l’Etat est toujours un mal, même s’il est parfois nécessaire, les individus ont toujours raison contre les masses, et un certain degré d’égoïsme est la base de toute vertu; elle ajoute à cela un patriotisme de bon aloi (« Les Etats-Unis sont le seul pays moral de toute l’histoire humaine »).

Epouse de l’acteur Frank O’Connor et proche du réalisateur Cecil B.deMille, elle travaille régulièrement pour Universal. Le reste du temps, elle écrit des pièces anti-soviétiques et anti-socialistes et fréquente les cercles conservateurs.

En 1943, son grand roman La source vive (The Fountainhead), qui décrit l’itinéraire d’un architecte individualiste, se heurtant aux institutions et à la lâcheté des institutions n’acceptant pas l’expression de sa liberté individuelle, vient de paraître et connait déjà un très grand succès en librairie.

Henry Miller

Installé depuis 1942 dans une villa des abords d’Hollywood, le sulfureux Henry Miller semble pourtant vivre une vie relativement tranquille. Les journalistes sont à l’affût de la moindre frasque mais l’auteur de Tropique du cancer (toujours interdit aux Etats-Unis) ne semble pas vouloir leur donner ce plaisir.

Ray Bradbury

L’un des jeunes espoirs du groupe La Mañana. Ce jeune homme de 23 ans, qui a tout plaqué pour se lancer dans l’écriture et a vécu de vente de journaux à la sauvette pendant plusieurs années, vient de publier son premier roman, Dark Carnival, qui s’annonce comme un succès dans le petit monde des amateurs de science-fiction.

John Steinbeck

Après avoir connu la misère durant la Grande Dépression (lui et sa femme vivaient des poissons qu’il péchait au large de Monterey, de quelques légumes qu’ils faisaient pousser dans leur arrière-cour et du bacon qu’ils volaient sur les marchés) et avoir vainement tenté de se faire éditer pendant plusieurs années, John Steinbeck a soudainement connu la consécration quand la société californienne des gens de lettre lui a remis sa médaille d’or en 1935 pour son roman Tortilla Flat. Il a ensuite enchaîné les succès : Des souris et des Hommes (1936), Les Raisins de la colère (1938)… Fêté par la critique comme par l’opinion, Steinbeck étonne parce qu’il est inclassable : à la fois profondément religieux dans sa vision du monde et très engagé dans des combats sociaux plutôt classés rouges, soucieux de représenter la misère du petit peuple mais pas de donner des leçons de révolution, plus témoin que prêcheur, il se montre, depuis quelques années, soucieux en outre de la place de l’Homme dans la Nature et dans le cosmos, et a considérablement aidé à médiatiser les théories de Warder Allee. Sur le plan personnel, il est marié, toujours à la même épouse depuis sa jeunesse … et c’est à peu près tout ce que l’on sait, Steinbeck refusant le star system et la médiatisation de sa vie privée.

Raymond Chandler

Jusqu’alors considéré comme un auteur mineur, publiant quelques nouvelles et produisant des scénarios de pulps, Raymond Chandler a été consacré comme auteur à part entière à plus de cinquante ans, après la publication en 1939 du Grand Sommeil, qui a présenté au public américain le personnage de Philip Marlowe, archétype du détective privé de roman noir sarcastique, alcoolique et désabusé. D’autres succès ont suivi en 1941 (Adieu ma jolie) et 1942 (La grande fenêtre) et on parle d’une adaptation de ses romans au cinéma.

Histoire

William Munro

La Californie n’abrite pas que des artistes : son système universitaire est également brillant. William Munro, en particulier, est régulièrement à l’honneur. Il est un spécialiste mondialement reconnu de l’histoire du droit, et a en particulier écrit un grand nombre d’ouvrages sur l’évolution du droit en France entre l’Ancien Régime et les premières années de la Révolution.

Arts plastiques

Lorser Feitelson

Chef de file du mouvement post-surréaliste californien, Lorser Feitelson est LE grand artiste peintre local du moment. Il expose dans toutes les grandes galeries et a déjà vendu (très cher) des toiles à plusieurs grands musées nationaux. Son style allie abstraction et certains degrés de réalisme et il utilise volontiers des mélanges de peinture, de textes et de collages de photos.

Ci-dessus : version de Lorser Feitelson de l’Origine du Monde, entre naissance en hôpital, évocation du Big Bang, forme vulvaire … et silhouette pénienne générale pour le tableau. Très gros succès critique.

Bien évidemment, la plupart des gens n’y comprennent absolument rien, et comme ils n’y comprennent absolument rien, sont persuadés que c’est génial. Feitelson partage d’ailleurs avec Dali un côté mi-artiste mi-escroc, qui n’est pas pour rien dans son succès.

Gaby : dans la bonne société californienne, ne pas aimer Feitelson est une faute de goût notable. A Hollywood, ne pas avoir acheté un tableau de Feitelson est également le signe qu’on a raté quelque chose ces dernières années.

Helen Lundeberg

Autre grande figure du milieu pictural californien, Helen Lundeberg est elle aussi issue du mouvement surréaliste, et s’en est elle aussi détachée. Après un passage par l’abstrait, elle est revenue au « concret symbolique », en proposant de grands tableaux, qu’elle baptise « variations énigmatiques », et qui représentent les évolutions de l’âme et de la pensée.

Très inspirée par la Théosophie et l’ésotérisme en général (ci-dessus : une évocation du Mont Shasta dans le style des variations énigmatiques), elle s’est tournée vers l’hindouisme, et espère que ses oeuvres pourront amener ceux qui les regardent vers une forme d’illumination spirituelle. Elle expose beaucoup et se vend très bien.

Artistes divers

Samson de Brier (O)

De Brier est une sorte d’artiste inclassable : en réalité, il est un précurseur de ce qui sera plus tard les people : des gens sans talent particulier mais qui passent bien à l’écran et savent faire parler d’eux. Bel homme et beau parleur, à l’aise en société, absolument pas intimidé par les gloires hollywoodiennes, cultivé, curieux de tout et semblant tout prendre avec une certaine distance, De Brier, installé en ville depuis quelques années seulement, s’est vite introduit dans à peu près tous les milieux de la nuit, ainsi que l’avant-garde artistique et littéraire, sans oublier la bonne société, qu’il choque par ses frasques (mais la bonne société adore être un petit peu choquée de temps à autre). Il est également ouvertement homosexuel, grand consommateur d’opium et défenseur de l’usage des psychotropes comme méthode de découverte de soi.

Marjorie Cameron (O)

Une jeune poétesse de 22 ans, brillante, intelligente mais émotionnellement plutôt instable. Elle vit entre Downtown et Pasadena, où elle fréquente à l’occasion des proches de la Loge Agape. On la voit surtout en ville, déclamant ses poèmes dans des bars ou participant à des happenings conceptuels.

Philosophie & éducation

Jiddu Krishnamurti (OO)

Jiddu Kirshnamurti est l’un des plus beaux produits des Indes britanniques : à la fois parfaitement à l’aise dans sa langue et sa culture d’origine et rompu aux usages de la bonne société anglaise, pratiquant la langue de Shakespeare à la perfection et avec un accent londonien, il a un port d’aristocrate et une âme d’anarchiste (ce qui, en le rendant excentrique, le rend d’autant plus britannique). Initié à la théosophie dans sa jeunesse, il s’est depuis détourné du mouvement, pour se consacrer à la philosophie et aux sciences de l’éducation. Il est persuadé que toutes les névroses et perversions proviennent des interdictions et de l’autorité, forcément violente, que l’on exerce sur les enfants. Il estime qu’un être humain est naturellement sain à la naissance, et doit bénéficier d’une éducation intégralement bienveillante, sans autorité, sans sanction, sans punition, pour pouvoir conserver sa pureté d’origine. En 1943, il donne des cours et des conférences, milite en faveur de son projet et cherche à recueillir des fonds pour créer des « écoles de liberté », dans lesquelles naîtra l’Homme de Demain : un être humain illuminé, débarrassé à jamais de la peur, de la violence et de la folie.

Paul Popenoe et l’American Institute of Family Relations

Agronome et biologiste de formation, grand spécialiste de l’avocat (et fils d’un propriétaire de plantations d’avocats), Popenoe travaille comme enseignant à Stanford. Mais il s’est mis depuis quelques années en congé sabbatique, afin de se consacrer entièrement à ses deux vraies passions : l’eugénisme (il a été membre de l’Human Betterment Foundation) et le conseil conjugal.

Persuadé que les individus tarés se reproduiront de toute manière, même en dehors des liens du mariage, Popenoe pense qu’en revanche, les individus réellement sains sont rares et peuvent avoir du mal à se trouver, voire à vivre l’un avec l’autre, tant ils sont habitués l’un comme l’autre, dans leur vie quotidienne, à n’avoir de relations qu’avec des êtres inférieurs. D’où l’intérêt de son American Institute of Family Relations, qui fonctionne à la fois comme une agence matrimoniale et comme un centre de coaching en relations de couple. Faire appel à l’institut est coûteux mais en contrepartie on vous fournit un(e) partenaire garanti(e) compatible et un suivi ad vitam de votre couple, avec séance mensuelle de coaching. Et puis le prix est aussi une manière de faire le tri : dans la théorie de Popenoe, les individus supérieurs tendent de toute manière à s’élever dans la société, ce qui veut dire qu’une personne n’ayant pas les moyens de se payer ses services est sans doute génétiquement tarée.

Le monde politique

Carl Ingold Jacobson (OO)

Après la fin de son affaire et la preuve de son innocence, Jacobson a repris la politique. Sa mésaventure judiciaire ne lui a pas attiré tant de sympathies que cela, et il a perdu sa campagne de réélection en 1933. Il a continué à militer au sein des ligues de vertu et a fait partie de ceux qui se sont violemment opposés à la fin de la Prohibition. Il a également participé à plusieurs campagnes d’opposition à des règlements municipaux qui tendaient à assouplir la ségrégation raciale. Parallèlement, il a rallié CIVIC et a longtemps milité en son sein mais, jugé trop intransigeant et trop à droite, il a été écarté de la nouvelle administration municipale après l’éviction de Shaw. En 1943, désormais plus âgé, il s’est en grande partie retiré des affaires politiques. Il s’occupe principalement d’animer des groupes de soutien à l’effort de guerre.

Charlotta Bass (OO)

Journaliste, éducatrice et femme politique, Charlotta Bass a exercé plusieurs fonction électives mineures et a mené plusieurs campagnes pour le Parti Républicain de Californie. Elle est l’une des voix principales de la cause noire et milite, en particulier, pour une intégration par l’éducation.

Clifford Clinton (OOOO)

Fils de missionnaires chrétiens, Clifford Clinton a grandi en Chine, où ses parents tentaient de répandre la bonne parole. Arrivé en Californie pour ses études, il s’est ensuite lancé dans une entreprise de restauration originale, puisqu’il a été à l’origine des premières cafétérias, au début des années 1920. Avec l’arrivée de la Grande Dépression, il a converti son entreprise en une forme de charity business, proposant des menus uniques, à tarif unique : pay what you can. Et à la surprise générale, son entreprise non seulement n’a pas périclité, mais a même prospéré. Il faut dire qu’il acceptait, en termes de paiement, non seulement de l’argent, mais également quelques heures de volontariat dans ses restaurants, mais toujours sur le même principe : c’est au client de déterminer ce qu’il pense que son repas vaut. Dans les années 1930, il s’est lancé dans le mouvement CIVIC, qu’il a en grande partie financé. Et malgré toutes les tentatives des sections spéciales du LAPD (il a été mis sur écoute des années durant), rien de grave ni de sale n’a jamais été trouvé contre lui. Aussi surprenant que cela puisse paraître, Clifford Clinton semble bel et bien être ce qu’il prétend être : un entrepreneur social, chrétien convaincu, fidèle à sa femme, pratiquant parfaitement les valeurs familiales auxquelles il se dit attaché.

Sa croisade contre le vice et la corruption lui ont valu, de la part de ses adversaire, le surnom de Los Angeles Führer, bien qu’il n’ait pas de sympathie connue pour le mouvement nazi, ayant d’ailleurs rompu avec le Parti Démocrate durant les années où celui-ci tolérait des membres du Parti Nazi Américain parmi ses rangs. Il conserve cependant une réputation de dangereux extrémiste.

L’ex-maire Shaw (OOOO)

Frank L. Shaw restera sans doute dans les mémoires comme le maire qui, en matière de corruption, aura fait ressembler Cryer et le City Hall Gang à des amateurs. Combines immobilières, favoritisme, délit d’initié, surveillance et chantage sur les agents municipaux, espionnage et assassinat d’opposants…

Issu d’une famille de grands propriétaires fonciers, Shaw s’est intéressé tôt à la politique … et à ce qu’elle pouvait rapporter. Elu conseiller municipal en 1925, il a géré pendant plusieurs années les hôpitaux municipaux pour le compte de l’administration Cryer. A cette époque, il a amassé une fortune considérable en revendant à des bootleggers l’alcool pharmaceutique destiné aux dispensaires des quartiers noirs et hispanos. Un premier scandale l’affecta en 1926, quand il fut impliqué dans l’affaire dite « de Cupidon » (un autre conseiller municipal commercialisait sous le manteau des licences de mariage destinées à des immigrants, et les unissant à des citoyen(ne)s américain(e)s décédés, en prison ou en asile psychiatrique, ce qui leur permettait d’acquérir la nationalité; Shaw, au courant de l’affaire, aurait couvert son collègue en échange d’un pourcentage sur les ventes).

Puis vinrent les années à la tête de la ville, au cours desquelles nombre des proches collaborateurs de Shaw furent accusés (et beaucoup d’entre eux emprisonnés), sans que lui-même ne soit jamais inquiété. Après avoir perdu la mairie au profit de Fletcher Bowron, Shaw s’est retiré de la politique et se consacre désormais au négoce de produits pétroliers. Il reste président de la Chambre de Commerce de Los Angeles.

Le maire Bowron (OOOOO)

Démocrate et proche de l’ex-mouvement CIVIC, Fletcher Bowron a été élu par le conseil municipal en 1938, avant tout pour se débarrasser d’un Shaw devenu vraiment trop encombrant. Mais celui qui passait pour un candidat de compromis et un maire temporaire s’est révélé un administrateur efficace, un politique redoutable et a provoqué la chute de plusieurs autres conseillers soupçonnés d’avoir trempé dans les affaires de Shaw et de Cryer. Après avoir nettoyé le LAPD et l’administration municipale, Bowron a entrepris un vaste programme de rénovation urbaine, destiné en priorité à assainir les quartiers les plus pauvres de la ville.

Depuis le début de la guerre, ses efforts portent essentiellement sur le soutien de la municipalité à l’industrie de l’armement (notamment par l’organisation de transports urbains spéciaux amenant les travailleurs des quartiers populaires aux usines), un traitement humain des nippo-américains (il dit n’être pas favorable aux camps d’internement dans lesquels ils sont parqués et milite pour les envoyer comme travailleurs agricoles dans des fermes de l’arrière-pays) et la lutte contre l’espionnage de l’Axe, qui semble très présent dans l’Arsenal du Monde Libre.

Le monde juridique

Buron Fitts, ex-attorney corrompu, héros de guerre et consultant (OOO)

Après avoir été un gouverneur-adjoint oubliable, un district attorney corrompu et l’un des hommes les plus détestés de Californie pendant plusieurs années, Fitts s’est engagé dans l’armée. Blessé au combat, il est revenu auréolé de la gloire d’un héros de guerre. Sa blessure lui a valu une virginité politique et morale toute neuve, et le cabinet de conseil juridique et politique qu’il a ouvert ne désemplit pas.

Loren Miller (OOOO)

Le juge Miller est une sorte d’OVNI : juriste de profession, il est surtout un militant des droits civiques mais a réussi à se faire élire juge. Autrefois journaliste, il a dirigé pendant quelques mois le California Eagle, avant d’en passer la direction à son cousin Leon Washington, qui en a fait le Sentinel. Il a par la suite adhéré à EPIC, puis au Parti Communiste Américain. En 1943, il est à la fois le seul Noir et le seul communiste à détenir un mandat électif en Californie (et le seul élu américain à être à la fois Noir et communiste, ce qui, il est vrai, fait déjà beaucoup pour un seul homme). Son grand combat du moment : l’opposition aux restrictive covenants, des règlements de quartier ségrégatifs qui peuvent interdire l’occupation de certains logements à des Noirs, et ce même s’ils en sont propriétaires.

Florence Monahan (OOO)

La directrice de la prison pour femmes de Tehachapi est bien plus connue qu’il n’est habituel pour une personne de sa profession. Elle a été particulièrement médiatisée en raison de ses méthodes innovantes et de ses prises de position en faveur d’un rôle éducatif de la prison. Son établissement, considéré comme un modèle du genre, fait l’objet de reportages réguliers et de visites fréquentes.

Jerry Giesler (OOOO)

Harold Lee « Jerry » Giesler est l’avocat des stars, des millionaires … et des truands. Proche aussi bien des dirigeants de la MGM que de Mickey Cohen, il est devenu célèbre à la suite de l’affaire dite de la « flamme blanche de la jalousie ». Sa réputation, selon laquelle il serait capable de gagner des cas indéfendables, lui a valu de devenir une blague populaire : il est désormais fréquent que les caricaturistes, quand ils présentent une star dans une situation embarrassante, lui fassent dire « Get me Giesler ! ». Il est sans doute, avec Eddie Mannix, l’un des hommes qui connait le mieux les dessous secrets d’Hollywood.

Le monde des affaires

Harry Chandler (OOOOO)

Harry Chandler, dit Midas, est certainement l’homme le plus riche de Californie. Et il est le self-made man américain parfait : ouvrier agricole dans sa jeunesse, il a rapidement ouvert une petite entreprise de livraison. Après quelques années, son entreprise a remporté le marché des livraisons quotidiennes du Los Angeles Times en boîtes à lettres. Cela lui a permis de se rapprocher d’Harrison Gray Otis, qui était alors le propriétaire du journal. Enthousiasmé par le charme, le dynamisme et l’esprit entrepreneurial du jeune Chandler, Otis l’a nommé directeur adjoint du journal et lui a fait épouser sa fille, ce qui lui a permis d’entrer dans l’une des grandes et vieilles familles de la région, en même temps qu’au California Club. A la mort de son beau-père en 1917, Chandler a hérité du journal et des affaires de la famille. Et il a fait prospérer le tout au-delà des espérances les plus folles.

Tout en restant propriétaire de presse, il s’est alors surtout intéressé à la spéculation immobilière, mais aussi à la valorisation de la région en général. Il a fait partie de la délégation ayant convaincu le Comité International Olympique de tenir les JO d’été 1932 à Los Angeles … puis a vendu à la mairie le terrain de construction du stade olympique. Il possède 15% des actions du Biltmore Hotel, et est également, entre autres, actionnaire de l’aéroport Douglas, de l’hôtel Ambassador, de Caltech, de l’Automobile Club, de la radio KHJ. Il possède la TransWolrd Airlines (TWA) en propre, ainsi que le port commercial de San Pedro, la piste de course automobile de Santa Anita, tout le marché mexicain d’Olvera Street, la Los Angeles Steamship Company (qui ne fait plus que du cabotage de tourisme mais possède encore quelques authentiques bateaux à aubes). Il est le propriétaire foncier quasi unique de la vallée de San Fernando, ainsi que le promoteur immobilier à l’origine du panneau « Hollywoodland » et du tracé de Mulholland Drive. Il est par contre passé à côté de Malibu, et on prétend qu’il ne s’en remet pas.

Philanthrope, il finance plusieurs clubs sportifs, ainsi que la Human Betterment Foundation, ainsi que les travaux de Gosney. Chandler, qui contrôle indirectement une bonne partie des agences de presse et de publicité de la ville, est régulièrement considéré par la presse d’opposition comme le véritable maître de Los Angeles, et même de toute la Californie. Mais ceux qui prétendent cela sont des communistes, des anarchistes et autres personnes peu recommandables.

Note littéraire et cinématographique : l’auteur de romans policiers Raymond Chandler n’a aucun lien de famille avec Harry Chandler. Toute sa vie, Raymond entendra appeler Harry « the big Chandler ». Un peu comme le personnage du Dude/Lebowski, dont l’homonymie avec « the big Lebowski » est à l’origine de l’intrigue du film en question. Film dont l’histoire est un décalque et une citation du Grand Sommeil, de Raymond Chandler.

George Cryer (OOOO)

Il a quitté la vie politique après une tentative ratée de retour à la mairie en 1933 mais demeure l’un des hommes qui comptent à Los Angeles : président de la Mutual Oil Company, il dirige, en outre, le syndicat patronal des métier de l’industrie pétrolière en Californie. Il n’a jamais été vraiment inquiété pour ce qui s’est passé sous sa mandature et a sans doute conservé nombre d’amitiés bien placées.

Le monde de la pègre

Mickey Cohen (OOOOO)

Ex-champion américain de boxe dans la catégorie des poids plumes (il mesure 1m65), ex-homme de main dans la yiddish connexion de la Côte Est, Cohen, au cours des vingt dernières années, est peu à peu devenu l’un des capi les plus influents de Californie. Originellement placé par Bugsy Siegel, il s’est détaché de celui-ci et a également pris ses distances d’avec Murder Inc., préférant une gestion presque en bon père de famille des jeux d’argent et de la pornographie sur Los Angeles et Hollywood. Il a investi à Las Vegas et est parmi les associés de Siegel dans le projet du Flamingo, un gigantesque hôtel-restaurant-cabaret-casino visant à garder captive la clientèle.

Homme de principe (il y a des choses qui ne se font pas, et il a horreur qu’on touche aux gosses) et de parole (il est connu pour respecter strictement et à la lettre tous ses engagements), Cohen est en revanche intraitable en ce qui concerne les questions de territoire, et est connu pour supprimer de manière extrêmement brutale (et parfois lui-même : on murmure qu’il travaillerait en ce cas à la tronçonneuse) ceux qui osent installer des tables de jeu ou diffuser du porno sans son aval et sans payer la commission qui lui est due.

Suite à plusieurs tentatives d’assassinat à l’époque des frictions entre son gang et celui des Italiens, il a transformé sa très chic maison de Brentwood en véritable forteresse ultra-moderne, avec caméras de sécurité, systèmes d’alarmes à la pointe de la technologie et véritable armée de gardes du corps veillant en permanence sur sa sécurité et celle de sa famille. Sa femme fait partie des piliers de la communauté du Progressive Judaism de Los Angeles et ses enfants ont tous fait une scolarité brillante, les promettant à des carrières dans le droit ou la médecine. Il ne manque pas une grande fête à la synagogue et se veut l’un des garants de la respectabilité de sa communauté. Pour autant, on l’aperçoit aussi fréquemment au bras de starlettes, et on lui prête des liaisons avec de nombreuses actrices. Mais, par respect pour sa femme, il n’en ramène jamais une seule à la maison : question de principes.

Johny Stompanato

Autrefois première gachette de Mickey Cohen, Johny Stompanoto a eu plusieurs liaisons avec des actrices, dont une qui a sans doute déplu à son boss. En 1942, il lui a semblé bon de quitter la ville en s’engageant dans l’armée. Depuis, il donne régulièrement des nouvelles. Il semble qu’il ait été déployé en Afrique du Nord, et soit déjà deux fois décoré.

Jack Dragna (OOOO)

Celui qui, sans la présence de Benny, aurait pu être le Don de Los Angeles après la disparition de Jo Ardizzone, reste néanmoins l’un des Siciliens les plus influents de la ville. Il a travaillé en étroite collaboration avec Bugsy Siegel autour des courses de chevaux en Californie et est désormais l’un des meilleurs connaisseurs des haras et des chevaux de la région. Il dispose en outre d’un important réseau de vétérinaires, et de moyens d’influencer la plupart des jockeys; si pour cette partie de ses activités, il en réfère à Cohen, il n’en demeure pas moins présents dans les activités traditionnelles de Cosa Nostra : protection, vie nocturne, etc. Il est en revanche passé complètement à côté du trafic d’armes et ne s’est pas du tout investi à Las Vegas.

Guy MacAfee

L’ancien syndicaliste policier est désormais rangé : depuis sa luxueuse villa de Beverly Hills (et les suites qu’il loue occasionnellement au Biltmore), il gère à distance ses deux clubs et son casino de Las Vegas. S’étant fait diagnostiquer des troubles de la mémoire par un psychiatre, il n’est hélas en mesure de répondre à aucune question quant à son passé, et ne se souvient des noms d’aucun policier corrompu, d’aucun criminel, d’aucun ancien bootlegger…

LA Nightline

L’agence d’escorting de Joannie Pratt existe encore. Elle a échappé aux purges sur les bordels, en n’étant, justement, pas un bordel, et en ayant désormais une activité quasi-officielle. LA Nightline, en effet, n’a, sur le papier, plus rien d’une entreprise de prostitution. Il s’agit d’un club de rencontres privé entre adultes, le rôle du club étant de servir de matchmaker et de proposer à chaque client un(e) partenaire lui convenant, au lieu et aux horaires lui convenant. Ce qui se passe ensuite entre eux ne relève que de leur vie privée. Le fait est que l’adhésion au club est très chère, et uniquement payée par les hommes; pour eux, payer la cotisation suffit. Pour les femmes, l’inscription est gratuite mais un examen physique, une série d’entretiens avec Joannie Pratt et autres formalités sont indispensables. Mais tout cela n’a rien à voir avec de la prostitution de luxe, bien entendu. La preuve, c’est que les clients (hommes) ne paient pas les filles qui viennent les rejoindre à toute heure du jour et de la nuit. Et pour cause : ils ont déjà payé Joannie d’avance.

Brenda Allen

La nouvelle « Madame » des soirées d’Hollywood. Elle a déjà eu quelques ennuis avec la police, mais ces ennuis se seraient arrangées depuis qu’elle se serait mise en couple officieux avec un haut gradé du LAPD.

Joannie Pratt et LA Nightline font dans le très haut de gamme. Les pimps de rue et les tenanciers des bars tenus par Cosa Nostra font dans le nombre et l’abattage. Brenda, elle, fait dans le milieu de gamme : des escorts (elle ne prononce jamais le mot « prostituée », c’est vulgaire) jeunes et jolies, mais pas tout à fait assez distinguées, expertes, belles ou intelligentes pour jouer dans la cour de Pratt. Plutôt des starlettes qui n’ont pas réussi, des infirmières qui ont du mal à boucler leurs fins de mois, des filles de la Revue, et ainsi de suite. Pas de la tapineuse de trottoir édentée par les baffes à répétition de son pimp, et surtout pas de toxicomanes ni d’alcooliques. Les filles de Brenda sont propres, discrètes et présentables. Et elles séduisent une clientèle de milieu de gamme (médecins, commerçants, petits entrepreneurs), désireuse de soirées de détente plutôt que de simples pipes dans des voitures.

Le LAPD

Clemence Horrall (OOOOO)

Après la fin du règne de James « Two Guns » Davis, le poste de Chef du LAPD a connu une certaine instabilité : David Davidson ne l’occupa qu’un an, et souhaita redevenir simple commissaire de quartier, considérant qu’un Chef fait de l’administratif et de la politique, et non du boulot de flic. Son successeur, Arthur Hohmann, fut contraint à la démission par le maire Fletcher Bowron un an après sa nomination, quand il fut impliqué dans une affaire de proxénétisme (il semble avoir racketté plusieurs bordels clandestins en échange d’une protection contre les enquêtes du Vice Squad…) et dans une sombre histoire immobilière (il aurait pris des commissions pour l’attribution des chantiers de construction du nouveau quartier général de la police). Clemence Horall arriva donc en poste courant 1941. C’est un flic venu de la rue, qui a gravi un à un les échelons. Connu comme étant bourru, silencieux, conservateur, patriote et très protecteur de « ses gars » il a de son métier une conception assez simple : il est là pour maintenir l’ordre et la sécurité. Tant que personne ne s’égorge ni ne se flingue dans la rue, que personne ne se plaint, que personne ne fait de scandale, il estime qu’il n’a pas à se mêler de ce qui se passe derrière les portes closes ni dans les alcôves. Sous sa direction, le LAPD est également devenu un supplétif du FBI et de l’OSS, en procédant à la traque des agents japonais, des agitateurs au service de l’Axe et des réfractaires au service militaire.

Hollywood

Le comité Hays

Le Bureau d’Information

Hollywood Canteen

Eddie Mannix

Les grandes stars du moment

Clark Gable

Greta Garbo

Gary Cooper

Marlene Dietrich

Boris Karloff.

Le monde du port

Le Bureau Portuaire

Les bases navales

L’arsenal du monde libre

Le monde universitaire

UC System

Le system est le nom donné au réseau des universités publiques de Californie, qui comprend les campus de l’UCLA, Berkeley, Davis, Irvine, San Diego, San Francisco, San Diego et Santa Barbara. La présidence du system siège à San Francisco.

UCLA

Après plusieurs déménagements au cours des premières décennies de son existence, l’UCLA (University of California – Los Angeles) a pris ses quartiers définitifs dans le district de Westwood, juste au pied des collines de Beverly Hills et de Bel Air, à peu de distance de Santa Monica. Au fil des années, l’université n’a cessé de croître en taille et en prestige, accueillant désormais plus d’une centaine d’unités de recherche et des milliers d’étudiants. Le campus, pour l’essentiel dans un style néo-hispanique de pierres blanches et de briques, est orné de pelouses et d’espaces boisés, et est considéré comme l’un des plus agréables du pays. Il est l’une des universités publiques américaines les plus prestigieuses. Ce n’est cependant pas là que vont le plus souvent les enfants des classes les plus aisées, qui lui préfèrent l’USC. Depuis quelques années, l’UCLA, en plus de ses activités d’origines (arts, lettres et sciences humaines) a diversifié son offre, y ajoutant une école de droit et un enseignement médical.

USC

La University of Southern California est la principale université privée de l’Etat. Ses étudiants sont surnommés les « Trojan », du fait de Tommy Trojan, la statue qui orne l’une des places du campus et en est devenue la mascotte officieuse. Situé au sud de Downtown, son campus est dans un style proche de celui de l’UCLA. Comme beaucoup d’universités très côtés, l’USC est autant un centre d’enseignement et de recherche qu’un cercle social, permettant aux enfants des élites économiques et politiques de se rencontrer et de se créer un réseau. C’est l’USC qui gère le centre hospitalier universitaire de la ville. Depuis le début de la guerre, l’USC a également ouvert une école d’officiers de marine.

Caltech

Robert Millikan (OOOOO)

Prix Nobel de Physique 1923 pour ses travaux sur les effets photoélectriques, Robert Millikan a pris, depuis les années 1930, la direction de Caltech. Il est connu comme étant devenu proche d’Einstein après avoir, au début des Années Folles, tenté à plusieurs reprises, et sans succès, de réfuter la Relativité Générale et la Relativité Restreinte. Sous l’influence de Millikan, Caltech a orienté un grand nombre de ses recherches dans la direction des rayonnements cosmiques et de l’étude de la lumière. Homme discret et plus à l’aise dans son laboratoire qu’auprès des médias, Millikan a fait cependant parler de lui il y a quelques années, quand Caltech a reçu en cadeau les inventions de feu Harvey Spencer Lewis : il a mis en place une véritable task force de chercheurs, chargés de tester, avec autant d’ouverture d’esprit que possible, les inventions du fondateur de l’AMORC, avant de conclure que le luxaphone n’était qu’un micro faisant varier une lampe, et le détecteur de rayons cosmiques, un compteur Geiger.

Pour autant, Millikan ne rejette pas la spiritualité : chrétien convaincu et pratiquant, il a écrit plusieurs ouvrages consacrés à la place de Dieu dans la science, milite pour une réconciliation entre théorie de l’évolution et religion, et donne régulièrement des conférences consacrées au rôle de la morale dans la recherche scientifique. Il est, par ailleurs, un ancien membre de l’HBF et un militant pour l’eugénisme « doux » (sans stérilisation forcée).

Jet Propulsion Laboratory (JPL) (OOOO)

Fondé à l’origine par quelques chercheurs à Caltech passionnés par l’étude des fusées, dont Jack Parsons (voir plus haut : le monde occulte) et Edward Forman, le JPL se consacre depuis les années 30 à l’étude et au développement de moteurs à réaction. Les premiers tests ne sont pas très conclusifs, et mènent à plusieurs dangereuses explosions, qui valent aux chercheurs la réputation de savants fous et le surnom d’Escadron de la mort. A partir de 1937, cependant, leurs prototypes parviennent à voler longtemps et à parcourir des distances considérables. Les autorités de la ville obligent plusieurs fois le JPL à déplacer ses zones de tir expérimental pour les éloigner davantage de Los Angeles, par crainte d’accidents. En 1938, Parsons et Theodore von Karman (responsable de Galcit, le département aéronautique de Caltech) déposent les brevets de fusées et de moteurs à ergol liquide, qui leur valent immédiatement l’intérêt de l’Armée de l’Air. A partir de 1939, le JPL commence à recevoir d’importants subsides militaires et ses activités passent sous le sceau du secret-défense. En moins de dix ans, ce qui était à l’origine un simple club de passionnés de technologie est devenu l’un des centres de recherche secrets de l’US Air Force, au sein duquel sont développés les engins de ce qui, à partir des années 1950, deviendra le programme spatial américain.

Qian Xuesen (OOO)

Il était jeune diplômé à la création du JPL. Ce jeune chercheur d’origine chinoise, installé en Californie pour fuir la guerre civile en Chine, est désormais l’une des têtes pensantes du JPL, à égalité avec Parsons et von Karmann. Soupçonné de sympathies rouges, il n’est cependant pas en odeur de sainteté. Mais de même que l’on pardonne à Parsons ses excentricités occultes, on pardonne à Qian ses penchants socialisants, du moment qu’il continue à produire une recherche utile aux militaires.

Gerald Bryan (OO)

Gerald Bryan est un ancien membre du mouvement I AM, qui, en 1936, a soudainement pris conscience de la fausseté de cette doctrine. L’année suivante, alors encore étudiant en psychologie, il a fondé avec plusieurs condisciples et quelques professeurs le Californian Reason Circle, un groupe sceptique dont le but est de démonter les arguments des gourous, pasteurs médiatiques et autres charlatans. Le CRC publie régulièrement des communiqués de presse et s’est taillé en quelques années une petite réputation. Depuis le début de la guerre, cependant, ses activités sont plus lentes et plus discrètes, plusieurs de ses membres (dont Bryan) étant mobilisés.

Human Betterment Foundation (HBF) (OO)

La Fondation, qui s’est installée à Pasadena et a recruté plusieurs de ses membres parmi les chercheurs de l’UCLA et de Caltech, a été créée en 1928 par Ezra Gosney, un biologiste, philanthrope et fervent défenseur de la stérilisation forcée des individus déviants. Ses travaux, publiés au cours des années 1920, ont d’ailleurs été très largement cités par les idéologue nazis. Les travaux de Gosney de la HBF ont en partie inspiré les législations californiennes de stérilisation forcée des individus jugés déviants (en particulier certains criminels), et ce afin d’améliorer le pool génétique global. En 1942, la mort de Gosney, sa fille a liquidé la fondation en tant qu’institution, la guerre ayant donné mauvaise réputation à l’eugénisme; mais la HBF persiste sous au moins deux formes : d’une part une bourse d’étude en biologie à CalTech, attribuée chaque année, et d’autre part, de façon informelle, comme un cercle de réflexion eugéniste, comprenant plusieurs membres éminents de l’UCLA et de Caltech, dans des disciplines aussi variées que la biologie, la zoologie, la criminologie ou encore la psychologie.

Note littéraire : outre le jeu de mots Gosseyn/Go Sane, il semblerait bien que Gilbert Gosseyn, homme du futur supérieur, et nouvelle étape de l’évolution humaine grâce au déblocage des pouvoirs mentaux de son « cerveau second », dans le Monde des Non-A, de Van Vogt, soit une citation à peine voilée du nom de Gosney.

Lewis Madison Terman (OOOO)

Lewis Terman est enseignant en psychologie à San Francisco mais réside à Los Angeles. Connu pour avoir révisé et rendu plus simple d’utilisation le test de QI, il a, depuis quelques années, pris la tête de l’Association Américaine de Psychologie. Il est également ancien membre de l’HBF, et un farouche défenseur de l’eugénisme. Il a en effet constaté l’héritabilité du QI, et en a déduit qu’il était préférable pour l’humanité de sélectionner les individus au QI le plus élevé pour les amener à se reproduire entre eux, de manière à créer, à terme, une caste de génies à même de mener l’humanité vers des lendemains meilleurs.

Warder Allee (OO)

Si c’est à Chicago qu’il a sa chaire, c’est bien en Californie que Warder Allee, biologiste et écologue, spécialiste des effets de densité sur la démographie animale, passe tous ses étés. C’est en effet en Californie qu’il a trouvé un public pour ses conférences, au cours desquelles il présente ce qu’il estime être les conséquences philosophiques et morales du darwinisme. Et ces conséquences impliquent, selon lui, que l’Homme n’est pas au sommet de la création, mais n’est rien d’autre qu’un grand primate parmi d’autres, qui, aux yeux de la longue histoire du vivant, ne jouit d’aucun statut privilégié; mieux encore : selon Allee, l’Homme ne devrait en aucun cas se percevoir comme maître et possesseur de la Nature, mais tout au plus comme l’un des rouages d’un tout, dans lequel il s’insère et duquel il dépend; il en conclue qu’il serait non seulement immoral, mais dangereux pour les générations futures, de continuer à prélever les ressources naturelles sans s’assurer qu’elles peuvent être renouvelées; que s’approprier, par exemple, des réserves de pétroles vieilles de plusieurs millions d’années au prétexte que l’on est propriétaire du terrain au-dessus duquel elles se trouvent est immoral, et que ces réserves appartiennent à l’ensemble du vivant terrestre, et non à un individu humain isolé; et autres thèmes aussi délirants qu’anti-américains. En 1941, il a d’ailleurs comparu devant la Commission des Activités Anti-Américaines, et s’en est sorti avec une amende et l’interdiction de continuer à professer des thèses s’opposant au droit à la propriété individuelle.

Warder Allee serait sans doute resté dans l’obscurité s’il n’avait pas reçu, depuis 1940, le soutien médiatique de John Steinbeck, qui a, dans l’une de ses rares interviews, indiqué qu’il se passionnait pour les thèses d’Allee et qu’il aimerait que le biologiste soit plus connu du public.

Le monde de la presse

William R. Wilkerson (OOO)

Personnalité flamboyante, Wilkerson brûle la chandelle par les deux boûts : il boit beaucoup, fume autant, se marie et divorce sur des coups de tête, ouvre des affaires et les referme aussitôt, investit dans la presse (c’est le patron du Hollywood Reporter), mais également dans les cafés (le Trocadero est à lui) et dans les hôtels à Las Vegas. On le sait ami à la fois des stars d’Hollywood et de Bugsy Siegel (avec qui il a investi de l’argent dans de l’hôtellerie à Las Vegas). Il est l’une des personnalités marquantes de l’époque, que l’on peut croiser aussi bien dans les soirées de la haute société que sur des scènes de crime, carte de reporter au chapeau et appareil photo à la main. Cela fait en effet bien longtemps qu’il pourrait ne plus couvrir le quotidien lui-même mais il dit que rien ne saurait remplacer le frisson du journalisme de terrain.

The Hollywood Reporter (THR) (OOO)

THR est devenu en quelques années un journal de référence en Californie. Et pour cause : c’est le seul quotidien intégralement dédié aux potins d’Hollywood ! Le journal se partage entre critiques de films, annonces de castings, chroniques de tournages et bien entendu articles à scandale.

Leon Washington Jr. (OO)

Co-fondateur, principal auteur et imprimeur du Sentinel, Washington est un militant avant même d’être un journaliste. Il est également un cousin germain du juge Loren Miller. Leon Washington s’est fait connaître pour son initiative Don’t spend where you can’t work, qui a connu et, en 1943, continue à connaître un succès certain. Il s’agit d’un who’s who des entreprises ségrégationnistes et de leurs produits, qui encourage les Noirs à les boycotter. Se disant par ailleurs très inspiré par Gandhi, Washington est favorable aux formes de lutte non violentes.

Los Angeles Sentinel (OO)

Hebdomadaire d’information à destination des populations noires, et intégralement produit par des journalistes noirs, le Sentinel n’a qu’une audience limitée en 1943 mais il persiste. Ses prises de position, si elles sont anti-ségrégationnistes, sont en revanche relativement modérées sur la plupart des autres sujets. Expression d’un mouvement noir laïque, le Sentinel se détache nettement des illuminés comme Nation of Islam ou le mouvement rastafarien.

Hedda Hopper (OOO)

Elle fut d’abord une actrice de cinéma oubliable et sans succès, puis une scénariste sans grand talent. Mais sa connaissance des arrières-cours d’Hollywood permit un beau jour à Hedda Hopper de proposer ses services au Los Angeles Times. Dès 1938, elle y tient une chronique régulière, où elle fait part des derniers potins d’Hollywood : qui est secrètement en couple avec qui, qui est pressenti pour tel futur grand rôle, qui déteste qui et pourquoi… Avec sa grande rivale Louella Parsons (aucun lien de parenté avec Jack Parsons), elle forme le duo dit des Vipères d’Hollywood. En 1943, elle est la ragotière en chef de Los Angeles, avec même une émission de radio quotidienne, intégralement consacrée aux potins.

Los Angeles Times

Le monde sportif

Boxe

Golf

John Montague, le golfeur-mystère (OOO)

Il est certes moins bon qu’il n’a été par le passé. Mais Montague continue à fréquenter les greens et donne (très cher) des cours particuliers à qui le souhaite et peut le payer. Véritable encyclopédie vivante du golf, il continue à impressionner par sa maîtrise du jeu. Certains vont même jusqu’à prétendre que ses baisses de performance ces dernières années sont voulues, et uniquement destinées à éviter d’attirer trop d’attention sur lui.

Equitation

Lucha Libre

Le monde des affaires

La famille Chandler

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