’Tis Jove’s world-wandering herald, Mercury.
And who are those with hydra tresses
And iron wings that climb the wind,
Whom the frowning God represses
Like vapours steaming up behind,
Clanging loud, an endless crowd?
― Percy Bysshe Shelley, Prometheus Unbound
What is the best train?
Well, of course, the best train is what they call « The Blue Train ».
― Agatha Christie, The Mystery of the Blue Train
Tu as toujours apprécié les trains, Morgan, estimant qu’ils constituent une façon particulièrement civilisée de voyager. Tu n’as d’ailleurs jamais oublié l’étonnante sensation de calme et de confort ressentie dans l’Orient-Express durant notre traversée de l’Europe au cours de l’année 1902.
Mais c’est au fil de tes pérégrinations à travers les États-Unis, dans le but d’acquérir les ouvrages qui iraient enrichir la bibliothèque de ton maître, ou la nôtre à l’occasion, qu’a muri l’idée que ces voyages seraient plus agréables à bord d’un train privé.
En 1934, tu as pris contact avec Henry Dreyfuss, un designer industriel de New York, qui a conçu pour toi le Mercury Train, baptisé ainsi en l’honneur du dieu messager, le véritable « train de demain » selon les propres termes de l’ingénieur.
Détail amusant, lors de la première visite de Dreyfuss à Los Angeles, tu as eu l’étrange intuition qu’il allait mourir ici même, dans la Cité des Anges, et que son fantôme errerait bientôt derrière le Voile. Et pourtant, une fois son travail accompli, le brave homme est retourné sain et sauf à New York. Enfin, ce n’est pas ta première erreur, ni probablement la dernière.
Quoi qu’il en soit, le Mercury a été livré en 1936. Il est stationné à la Los Angeles Central Station, dans la partie est de Downtown LA, une gare bien plus calme depuis l’ouverture de l’Union Station en mai 1939.

Même si cette machine semble te satisfaire, j’estime pour ma part que la locomotive a un aspect trop moderne et inesthétique ; et la couleur est un peu terne. Mais bon, lorsqu’on roule dans une Rolls Royce Phantom de 1925, on n’a pas forcément un goût très sûr.
Ceci dit, je reconnais que l’engin est techniquement impressionnant : locomotive de plus de 160 tonnes (sans compter le tender) et de près de 15 pieds de haut (4,5 m), vitesse de croisière de 75 à 80 mph (120 à 130 km/h), et vitesse de pointe de 100 mph (160 km/h).

Par contre, les neuf wagons me plaisent plutôt bien, avec leur design et leur ameublement fastueux inspirés de l’Orient-Express :
– un wagon destiné au personnel ;
– un wagon dédié à la cuisine et aux réserves ;
– un wagon-restaurant ;
– un wagon bibliothèque, bar et fumoir ;
– un wagon abritant la suite que nous partageons avec Artémise ;
– un wagon pour les invités, avec des compartiments adaptés à des voyageurs qui apprécient peu la lumière du Soleil ;
– un fourgon à bagages ;
– un fourgon permettant de transporter des véhicules automobiles ;
– et un wagon presque vide destiné à la pratique de l’art goétique.
Pour piloter ce monstre, tu as engagé un certain Ken McGregor, américain d’origine écossaise et conducteur de train expérimenté, qui pourra former la relève. J’entends déjà Benny pester que tu aurais mieux fait d’embaucher un Italien…

Afin de réduire le coût de ce projet pharaonique, tu as malheureusement revendu les plans de la locomotive. Ainsi, la New York Central Railroad utilise désormais quelques Mercury pour le transport de passagers entre Cleveland et Detroit, quoique dans des wagons biens moins luxueux.

Bon, finalement, ce train n’est pas si mal. Je le ferai simplement repeindre en bleu nuit dès que tu n’en auras plus l’utilité…