Lettre ouverte à tous les Enfants de Caïn
Je m’adresse à vous afin de vous informer d’un crime odieux, qui a été commis contre chacun d’entre vous. Je fais ici référence non à l’assassinat du regretté Prince Sebastian Juan Dominguez, déjà su de tous, mais à la diffusion d’un pamphlet connu sous le titre de Manifeste Garcia, et dont plusieurs versions, manuscrites ou imprimées, circulent depuis plusieurs mois dans nos Cités du Nouveau-Monde. Son auteur revendiqué est un certain Salvador Garcia, Infant de Ferdinand, Nouveau-Né du Clan des Erudits, résidant en la Praxis des Anges, Praxis dont les Domaines sont à cette nuit contestés.
Nombreux sont ceux qui, ayant eu ce texte ignoble entre les mains, se sont tournés vers moi pour s’en plaindre et me signaler le danger que représente le pamphlet en question. Mais plus nombreux encore sont ceux qui, sans rien en dire, l’ont lu et, pire encore : l’ont cru.
Je tiens, par la présente, à dénoncer ce texte. Ce soi-disant Manifeste, quoi qu’il se présente a priori comme un témoignage honnête et franc, venu du fond d’une âme naïve et droite, n’est qu’un tissu de mensonges. Son auteur est un criminel, n’ayant pas hésité à porter la main sur son Prince légitime, et également un Diaboliste notoire, dont les exactions ont été largement connues durant les tragiques événements d’Espagne il y a quelques années, dont la tête a été mise à prix dans de nombreuses Cités d’Europe, et dont il est absolument certain qu’il a transgressé à maintes reprises chacune de nos Traditions, et continue à le faire. Un être nocif, manipulateur, vicieux et cruel, responsable d’un nombre incalculable de décès et de souffrances, qui se pare pourtant des atours de la vertu pour tenter de présenter sa cause comme juste, voire évidente.
Or si une chose est évidente, c’est bien l’hypocrisie de l’auteur du Manifeste. Si, en effet, il était réellement aussi épris de liberté qu’il le prétend, et à moitié aussi intelligent qu’il le croit, il comprendrait que la liberté n’existe que dans un cadre donné. Et qu’il n’est jamais impossible de l’acquérir au sein de la Camarilla, pour peu que l’on fasse preuve de patience et que l’on comprenne que certains intérêts, et notamment ceux de notre espèce au sens large, priment sur les pulsions individuelles, les caprices juvéniles ou même les besoins personnels. Pour peu, également, que l’on se montre digne de cette liberté, qui est un privilège accordé aux méritants, et non un droit dont pourrait se prévaloir le moindre des êtres, au seul motif qu’il existe. S’il souhaitait réellement jouir des droits dont il se prétend privé, il lui suffirait de se tourner vers ses Anciens et, lentement, patiemment, à force de sagesse, de loyauté et d’écoute attentive de leurs enseignements, il pourrait acquérir les libertés qu’il souhaite tant. Mais non … ce que veut Monsieur Garcia, c’est tout et tout de suite, sans attendre, sans prouver sa valeur, comme si le privilège des vertueux devait s’étendre à tous (et surtout à lui) sans discussion ni condition. Tel n’est pas l’esprit de la Camarilla qui, sévère mais toujours juste, implacable mais jamais inique, stricte mais équitable, punit ou récompense chacun selon ses véritables mérites. Si Monsieur Garcia et ceux qui lui ressemblent se trouvent ainsi, bien souvent, relégués aux marges de notre société, ce n’est pas qu’ils sont oppressés, ni qu’ils sont ignorés, mais bien qu’ils n’ont jamais été capables de mériter autre chose que le mépris. Il est, ils sont, seuls, responsables de leur sort. Et cela, Salvador Garcia ne le sait que trop bien. Il feint de croire autre chose pour chanter à tous un refrain à la mode du moment, tout en dissimulant malhabilement ce qui, en réalité, le pousse à agir.
Ce qui le pousse à agir, c’est avant tout la haine de tous ceux qui, plus sages, plus habiles, mieux nés ou mieux éduqués que lui, ont été capables de devenir des membres utiles et respectés de nos communautés, et non de pitoyables parasites. Semer le chaos au sein de sa propre espèce, menacer les institutions qui en assurent la survie et dévorer ses semblables : voilà, en fin de compte, les motivations véritables de Salvador Garcia. Le goût de la violence et celui du sang de ses pairs, et rien d’autre. En entraînant derrière lui plusieurs Nouveau-Nés aveuglés par sa gloriole et trompés par ses promesses mensongères, Salvador Garcia les met en danger, tant à titre personnel qu’en tant que groupe.
C’est pourquoi, en ma qualité de Justicar, je prononce solennellement les décisions suivantes :
I.Salvador Garcia sera, dès la prochaine réunion du Cercle Intérieur, proposé à la Liste Rouge. Le Clan Nosferatu se portera par mon intermédiaire garant du Trophée. Dans l’attente de cette réunion, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés par la Camarilla, je déclare Salvador Garcia anathème : que lui soient fermés tous nos Domaines et interdits tous nos Elysiums ; qu’il ne puisse se prévaloir d’aucun des droits ni d’aucune des protections que nous accordons d’ordinaire à nos semblables ; qu’il soit su de chacun qu’il n’est, désormais, plus membre de notre Famille et que son Sang lui-même appartient à qui voudra s’en emparer. En outre, quelle que soit la décision du Cercle Intérieur concernant la Liste Rouge et quelle que soit la date de cette décision, je remercierai et récompenserai à titre personnel quiconque me livrera la personne, la tête ou une preuve certaine de la Mort Finale de Salvador Garcia.
II. Ceux qui, aujourd’hui, suivent encore Salvador Garcia, et ils sont, je le sais, moins nombreux avec chaque nuit qui passe, peuvent se rendre auprès de moi. Ceux d’entre eux qui n’ont pas commis la Diablerie pourront être pardonnés des transgressions envers les Traditions commises sous l’influence néfaste de Garcia. Que ceux que cette décision concerne prennent garde, cependant, car ma mansuétude ne s’étendra que jusqu’à la prochaine réunion du Cercle Intérieur : cette date passée, aucun pardon ne pourra plus leur être accordé.
III. Ceux qui seront trouvés en possession du Manifeste, dans quelque Domaine de la Camarilla que ce soit, seront désormais considérés comme des criminels, coupables d’une violation de la Tradition du Domaine envers le Prince de la Cité, et encourront une punition à la discrétion dudit Prince. Cette décision prend effet immédiatement. Cependant, ceux qui se trouvent par accident ou contre leur volonté en possession d’une copie dudit Manifeste, peuvent, jusqu’à la fin de l’année 1943, la livrer à leur Prince ou à l’un de mes Archontes sans encourir de punition, à condition qu’ils indiquent la manière dont ce texte est arrivé en leur possession et contribuent, dans la mesure de leurs possibilités, à établir comment et par le biais de quelles complicités ledit Manifeste est parvenu jusqu’à eux.
IV. Concernant les Domaines en déshérence de Californie méridionale, dont Salvador Garcia se proclame le maître au mépris de toute loi et de toute Tradition, je déclare qu’ils sont, dès cette nuit, placés sous ma juridiction et mon contrôle dans l’attente d’une rencontre régulière, qui permettra de les attribuer à un Prince légitime et reconnu. J’invite la Descendance directe et indirecte du Prince Sebastian Juan Dominguez à se rendre auprès de moi afin que je sois en mesure d’établir et de faire valoir ses droits. J’invite également toute personne estimant détenir des droits sur ces Domaines à se tourner vers moi afin que j’évalue la légitimité de ses revendications.
Je confie à l’Archonte Robin Cook, qui s’installera très prochainement à Santa Cruz, la responsabilité d’établir les conditions d’un retour à la normale dans ces Domaines. J’invite tous les membres loyaux de la Camarilla à se rendre auprès de lui et à le seconder dans toutes les opérations qu’il jugera nécessaires au retour et au maintien de l’ordre en ces Domaines.
Je remercie par avance la personne qui recevra cette missive de la faire connaître, dans sa Cité, au plus grand nombre possible de nos Semblables, et ce dans les délais les plus brefs.
Fait à Seattle, le 11 juin 1943
Alonso Juan Cristo Petrodon,
Justicar