
Statistiques et repères historiques
En France, à l’heure actuelle, le taux d’homicides est d’environ 1.2 par an pour 100 000 habitants. A Los Angeles en 1950, il est de 3.9. A partir de la fin des années 1950, le taux de violence augmente régulièrement. Il explose dans les années 1960 et 1970, et poursuit sa progression ensuite. En 1980, il est de 14.5, avec en moyenne dix homicides par jour dans la ville (plus 280 agressions, 18 viols et 120 braquages). Les années 1990 sont plus violentes encore en moyenne mais la violence, si elle est plus intense, est également plus localisée, et circonscrite à certaines zones spécifiques, notamment les quartiers noirs. A partir des années 2000, les choses se calment quelque peu, avec une moyenne de 6.2 homicides pour 100 000 habitants. A partir de 2002, les statistiques criminelles baissent régulièrement, mais des doutes existent quant à la fiabilité des chiffres, le LAPD ayant plusieurs fois été pris la main dans le sac à sous-évaluer le nombre de plaintes.
Autour de 2020, les statistiques de la criminalité à Los Angeles sont les suivantes, en nombre moyen par an et pour 100 000 habitants (entre parenthèses : les chiffres français, pour comparaison) :
- Homicides : 3.3 (1.2)
- Viols : 32.9 (20.1)
- Cambriolages : 195 (63)
Autres chiffres intéressants :
- Pourcentage des adultes consommant régulièrement du cannabis : 17% (8.6%)
- Pourcentage des adultes consommant régulièrement des opiacées : 0.8% (0.42%)
- Armes à feu pour 100 habitants : 98 (21)
Eme et Triade : disparition et ralentissement
Vers la fin des années 1940, la Eme disparaît progressivement, victime de querelles internes d’une part, et d’autre part de la concurrence, notamment des cartels mexicains émergeants. Cet éclatement du crime organisé hispanique donne naissance à un grand nombre de gangs, dont certains se mettent immédiatement au service de mafias plus importantes, tandis que d’autres conservent leur indépendance. Le terme de Eme, pour Mafia Mexicana, reviendra souvent par la suite dans le vocabulaire de criminels hispaniques, chacun s’en revendiquant l’héritier.
Durant la même période, la Triade connait elle aussi un affaiblissement relatif. Si les organisations criminelles chinoises restent actives, elles souffrent d’une forte opposition, au sein-même des populations chinoises, de la part des groupes politiques affiliés au Parti Communiste. Cette opposition doit cependant être relativisée aux Etats-Unis, la plupart des immigrants chinois étant anticommunistes. Une autre menace pèse cependant sur la Triade : les Tongs. Longtemps considérées comme des auxiliaires, beaucoup sont désormais assez puissantes et nombreuses pour faire cavalier seul, et défient les autorités occultes traditionnelles. Aucune Tong ne prétendra jamais être directement opposée à sa Triade mais les mauvaises volontés et les retards s’accumulent. Enfin, le trafic de l’opium, s’il reste une activité florissante, est proportionnellement moins rentable désormais qu’il ne l’était autrefois : l’héroïne sous sa forme de poudre est désormais plus populaire, et surtout se consomme plus facilement, sans la nécessité de matériel spécifique ni d’une fumerie. Et la Triade marque le pas, peinant à s’adapter.
La Commission et le Syndicate
La Commission existe toujours dans les années 1950 mais elle a évolué depuis sa fondation. L’organisation que la Commission dirige a fini par être en partie connue des autorités, et a été surnommée par la presse NCS, pour National Crime Syndicate. Au fil des années, bien que les plus traditionnels aient continué à lui donner un nom vague (Cosa nostra : « notre chose », « notre affaire », ou encore simplement the business, the guys ou autre), certains des membres les plus jeunes ont adopté le sobriquet, et parlent de Syndicate. Quel que soit le nom qu’on lui donne, l’organisation tourne autour de quelques hommes-clefs.

Le 22 décembre 1946, se tint la Conférence de La Havane, plus grande réunion de la Commission depuis les années 1930, qui vit l’émergence de tensions et de deux camps opposés : les conservateurs (favorables au business traditionnels et désireux d’approfondir les liens avec l’Etat profond américain) et les libéraux (favorables à l’extension de l’organisation à des organisations autres que celles à l’origine de la Commission, et souhaitant diversifier le business, notamment en s’attaquant aux commerces de la cocaïne et de l’héroïne, surtout détenus jusqu’alors par, respectivement, les cartels mexicains et la Triade ; cette tendance est encouragée par la disparition progressive de la Eme, et l’affaiblissement temporaire de la Triade du fait de la situation en Chine).
En 1951, Vincent Mangano, leader de la branche conservatrice, disparut mystérieusement. Son frère et successeur, Philip Mangano, fut retrouvé quelques semaines plus tard, noyé dans un égout de Brooklyn, les pieds pris dans du ciment. L’accident bête…
Alberto Anastasia, successeur des Mangano, prit alors la décision de soutenir le parti libéral, et il fut rejoint par Frank Costello et Tommy Lucchese. Signe du temps : si les parrains ont bien pour la plupart des noms italiens, la majorité d’entre eux ne sont plus désormais nés en Italie, et sont bien des Américains. Le pouvoir passe du clan conservateur et sicilien au clan libéral et new-yorkais.

Le parti conservateur reste cependant fort et pour l’heure, il n’est pas question d’autoriser les membres du CNS à toucher aux drogues dures. Ici et là, quelques parrains ferment les yeux quand leurs hommes se livrent à des trafics de ce genre à petite échelle, mais uniquement à condition que ces trafics concernent les quartiers noirs ou hispaniques.
Après de multiples débats, la Commission a décidé que pour l’heure, l’urgence était de ne rien décider, et a nommé à sa tête un duo : Frank Costello (libéraux) et Joseph Bonnano (dit Joe Bananas, conservateur).
La position du FBI
Edgar Hoover l’a déclaré plusieurs fois : le CNS n’existe pas. Il s’agit d’un fantasme de journalistes, uniquement destiné à vendre du papier, une fiction digne d’un scénario de pulp. Les gangsters n’ont aucunement les moyens de s’organiser de la sorte et sont de toute manière beaucoup moins nombreux qu’on ne le prétend. Les agents du FBI qui dépensent leur temps, et donc l’argent du contribuable, pour enquêter sur ce genre de fantaisie sans fondement ne méritent qu’une chose : le blâme. Que les citoyens de notre grande nation ne s’y trompent pas : l’ennemi, ça n’est pas un syndicat du crime fantasmatique, mais bel et bien le communisme !
Lucky Luciano
En 1946, en récompense de son aide dans l’Opération Husky et l’Opération Underworld, Lucky Luciano voit sa peine de prison commuée en déchéance de sa nationalité américaine et exil en Italie. Il quitte donc les Etats-Unis libre, pour s’installer officiellement à Palerme. Officiellement seulement, car en réalité il ne tarde pas à revenir dans le Nouveau Monde. Interdit de séjour aux Etats-Unis, il installera son nouveau centre décisionnel à La Havane. En 1954, il reste très influent et est considéré comme une sorte de sage, de juge de paix que l’on consulte pour toutes les affaires délicates. A Cuba, il a ouvert plusieurs casinos et le dictateur Fulgencio Batista et lui ont d’excellentes relations. La conférence de La Havane, en 1946, se fit d’ailleurs en grande pompe, à l’Hotel Nacional, l’un des plus grands hôtels du centre de la ville, et en bénéficiant d’une protection policière.
Meyer Lansky
Le patron officieux de la Yiddish Connection reste un homme puissant, et l’un des proches soutiens de Luciano. Très impliqué dans la collaboration avec l’OSS, Lansky y a gagné, après-guerre, des amis et soutiens y compris au sein de la CIA et du FBI. On prétend qu’il aurait des dossiers sur Hoover, ce qui expliquerait la frilosité avec laquelle le FBI s’intéresse au CNS.
Bugsy Siegel
Si les parrains de la Côte Est s’achètent une respectabilité par leur collaboration avec le FBI, ceux de la Côte Est, eux, prospèrent grâce à Las Vegas. La ville devient une véritable blanchisseuse à argent sale, et les familles qui la contrôlent, le principal prestataire de service des autres groupes criminels pour la réinjection des profits dans le circuit légal. Cela permet à plusieurs personnalités de s’enrichir considérablement, sans pour autant toucher elles-mêmes aux activités criminelles. On estime qu’au cours de l’année 1943, les opérations de blanchiment menées par les mafias de Las Vegas ont rapporté jusqu’à 500 000 dollars (de l’époque) par jour.
A partir de 1944, Bugsy Siegel est au sommet de sa carrière : il fréquente les vedettes d’Hollywood, prend son ancien associé Mickey Cohen de haut et se considère comme le grand chef de la Côte Est, malgré les protestations des Italiens. Siegel s’achète plusieurs propriétés à Beverly Hills, Hollywood et Bel Air, et est l’amant de Jean Harlow pendant un temps. Ses amitiés passées (en 1938, lors d’un voyage en Italie, il avait rencontré Benito Mussolini et avait dit par la suite le plus grand bien du personnage) lui sont parfois reprochées mais l’argent achète tout, même l’oubli.
Mais la chute de Siegel est proche : fin 1946, une violente opposition apparaît entre lui et un grand nombre de ses associés à Las Vegas. Il semble bien, en effet que Siegel ait siphonné à son profit une grande partie des fonds et des revenus issus des casinos et hôtels de la ville, et proprement escroqué ses propres associés. Mickey Cohen, déjà méfiant, et Guy MacAfee se détournent de lui.
Au cours d’une réunion à La Havane, le cas Siegel est présenté à Luciano, et Meier Lansky, le chef officieux de la Yiddish Connexion, accepte de le « lâcher aux Italiens ». Le 20 juin 1947, Siegel est abattu chez lui, à Beverly Hills, d’une première balle de fusil tirée depuis une fenêtre, puis de deux balles de révolver dans la nuque tirées à bout portant et de deux autres dans chacun des yeux. L’enquête du LAPD révèlera simplement qu’aucun autre impact de balle n’est présent dans la pièce, ce qui indique que chaque tir a touché sa cible ; ce fait laisse à penser que le tueur est un professionnel mais les investigations, molles et lentes, ne donneront jamais rien d’autre.
Sur l’instant, Mickey Cohen semble remuer ciel et terre pour trouver le meurtrier, mais très vite, y compris dans son propre camp, les soupçons s’accumulent sur son compte. On n’en saura jamais rien avec précision. A la fin de sa vie, dans ses mémoires, Mickey Cohen déclarera : « Je n’ai pas tué Siegel. C’est un Italien qui a tiré, j’en suis certain. Vous comprenez, j’ai des principes : jamais je ne ferais assassiner un Juif. Jamais par un autre Juif, en tout cas. »

Yiddish connection : le début du déclin
La mafia juive commence à décliner après la Deuxième Guerre Mondiale. Les causes de ce déclin sont multiples : une amélioration globale des conditions de vie des populations juives américaines, dont de nombreuses communautés sortent de la pauvreté et, pour certaines, accèdent à la bourgeoisie, privent les groupes criminels d’une partie de leurs effectifs potentiels ; la fondation d’Israël et la première guerre israélo-arabe va également attirer un nombre assez important de Juifs américains, parmi lesquels des vétérans, des hommes ayant le goût du risque et de l’aventure, ou encore d’anciens membres des groupes criminels désireux de faire teshouva (repentance) en mettant leurs talents au service d’une cause qu’ils estiment juste : ces hommes manqueront dans les rangs des mafias dans les années qui suivent. Enfin, une partie de ce déclin est calculée : plusieurs boss de la Yiddish connection, en réalisant que leur activité est menacée, préfèrent abandonner certains territoires pour se concentrer sur ceux qu’ils tiennent à ne pas perdre et garder le contrôle de zones et d’activités plus petites, mais plus sûres. Ainsi, sur la Côte Ouest, les anciennes bandes de Cohen se concentrent-elles désormais sur Hollywood et Fairfax d’une part, et d’autre part sur certaines activités très rémunératrices mais plus discrètes que l’extorsion de commerçants : recel de bijoux, faux en écritures, blanchiment. L’émergence des street gangs (voir plus bas) et des bandes de motards leur permet également de limiter leurs activités directes, en sous-traitant les actions violentes à des gangers ou des bikers.
Le cas de Vegas
Principal centre de blanchiment d’argent du pays, Vegas est devenue en quelques années essentielle à la Commission, et à nombre d’autres groupes. L’exemple de Siegel a également montré le danger que pourrait représenter un unique parrain du Nevada. Aussi l’influence sur la ville est-elle scrupuleusement répartie, et, dans l’immédiat, les investissements des membres du NCS sont gérés par MacAffee, considéré par tous comme un homme sérieux et de confiance. En sous-main, les influences italiennes et juives se croisent et s’opposent autour de l’ancien flic, avec une domination légère mais nette d’anciens protégés de Cohen.
Après la mort de Siegel : la Bataille de Sunset Strip
Après l’assassinat de Siegel, Mickey Cohen reprend les rennes de la Yiddish Connexion mais ne parvient pas à étendre son autorité sur l’ensemble des affaires qui dépendaient de Bugsy. Las Vegas lui échappe, au profit de groupes représentés par Guy MacAffee, qui se fait le porte-parole d’ « un groupe d’hommes sérieux, et qui veulent simplement pouvoir faire du business en paix. »

A Los Angeles, certains des hommes de Siegel décident de se rallier aux Italiens, et une opposition sourde s’engage avec Cohen. Domenic Brooklier, en particulier, trahit Cohen et se range du côté des Italiens. Pendant trois ans, une véritable guerre des gangs ensanglante la ville, provoquant la mort d’une centaine de personnes en tout, et dont on se souviendra sous le nom de Bataille du Sunset Strip, car elle porte essentiellement sur le contrôle des bars et boîtes de nuit de Sunset, les autres territoires n’étant pas contestés (Cohen n’a jamais eu d’ambition sur Downtown, et les Italiens n’ont jamais prétendu s’emparer de Fairfax, ni d’Hollywood). Le conflit ira jusqu’au dynamitage de la maison de Mickey Cohen à Brentwood ; à la suite de cette action, cependant, Cohen recevra un coup de fil d’excuse de la part de ses concurrents italiens, qui diront amèrement regretter les débordements de jeunes gens excessifs, qui ne savaient pas que ce genre de choses ne se font pas.
Cette guerre prend fin en 1951, quand Cohen est arrêté par la police, et condamné à plusieurs années de prison pour fraude fiscale. La méthode Capone a, ici encore, porté ses fruits.

Dans un premier temps, Cohen, qui a été un très généreux donateur quand Menahem Begin a levé des fonds en faveur d’Israël et de l’Irgoun, tente de faire intervenir des contacts au sein du corps diplomatique de l’Etat hébreu, dans l’espoir de recevoir la nationalité israélienne et de pouvoir aller purger sa peine sous un ciel qu’il espère plus clément. Les diplomates du jeune pays s’excusent platement mais donnent à sa requête une fin de non-recevoir.
En 1954, Mickey Cohen est toujours en prison, et y a gagné un certain respect, y compris de la part de ses anciens rivaux : si, en effet, il a parfois accepté de parler à des enquêteurs ou à des journalistes, sa mémoire s’avère extrêmement sélective, puisqu’il ne se souvient que de faits anciens et prescrits, ou, dans le cas de faits plus récents, uniquement de crimes dont les auteurs sont déjà morts. En homme de principe, il n’a dénoncé personne, pas même les Italiens de sa connaissance.
Avec Cohen sous les verrous, la Yiddish Connexion locale explose, et se divise en plusieurs petits groupes (voir plus bas), qui, s’ils demeurent indépendants et contrôlent chacun un business et un territoire, ne sont pas en mesure de concurrencer l’institution Cosa Nostra.
Le LAPD évolue
L’arrestation de Mickey Cohen a été permise par une série de changements profonds au sein du LAPD. William Parker, son nouveau chef, est en effet un homme intègre, et qui a annoncé qu’il s’attendait désormais à ce que la police s’attaque au crime organisé, au lieu de collaborer avec lui. Les agents acceptant des pots-de-vin ont été durement sanctionnés, et certains ont même été renvoyés. La Peur Rouge et la Peur Lavande ont autorisé les autorités à mener des enquêtes approfondies sur leurs propres hommes et à se débarrasser des éléments les plus problématiques. La corruption reste certes endémique au sein du LAPD mais elle a fortement baissé, si on la compare à l’époque où le City Hall Gang décidait de chaque promotion.
Les Tongs
Une Tong est une association, sorte d’amicale de soutien mutuel créée par des immigrés asiatiques. Les Tongs sont essentiellement chinoises mais il en existe également des coréennes, japonaises ou malaisiennes. Le principe des Tongs est assez simple et les rapproche à la fois de l’assurance et de la tontine : les adhérents versent à la Tong un pourcentage fixe de leurs revenus (le plus souvent autour de 6%), moyennant quoi ils bénéficient du soutien du groupe. Ce soutien se manifeste sous la forme de prêts à taux très avantageux, de soutien scolaire, d’aides à l’installation, de protection contre les gangs et les mafias, voire de prêts de main-d’œuvre (souvent gratuite) pour aider à l’ouverture d’un commerce. Les Tongs les mieux organisées disposent même de leurs médecins, de leurs avocats, etc. En général, les membres des Tongs sont tenus de se fournir en priorité auprès des autres membres : ainsi, tous les commerces chinois d’un même quartier auront le plus souvent le même grossiste, par exemple, qui sera un membre influent de la Tong locale.
La plupart des Tongs ont pignon sur rue et existent officiellement en tant qu’associations, répondant au nom générique de Chinese Consolidated Benevolent Associations.
Une Tong peut être très protectrice mais en revanche on ne peut la quitter : quiconque a adhéré à une Tong (ou est né dans une famille y adhérant) y reste lié, et ceux qui souhaitent s’en détacher font souvent l’objet de brimades, puis de violences. Les commerces de personnes quittant leur Tong ont une fâcheuse tendance à l’incendie accidentel, par exemple.
Les Tongs ne sont pas politiquement neutres : farouchement anticommunistes, elles soutiennent activement le Kuomintang et envoient régulièrement de l’argent au gouvernement nationaliste chinois. Certaines sont d’ailleurs soupçonnées de servir de couverture aux services secrets américains pour ses relations avec la Chine nationaliste.
Le territoire d’une Tong couvre généralement un quartier mais les plus puissantes s’étendent bien au-delà. Les membres connus de la Tong et ses administrateurs sont des personnalités respectées et des notables.
Les trois principales Tongs de Californie sont la Bing Kong Tong (centre : San Francisco), la Suey Sing Tong (centre historique : San Francisco ; centre d’influence réel : Los Angeles) et la Hop Sing Tong (centre : San Francisco). Bien que concurrentes et occasionnellement en guerre, ces trois Tongs répondent de leurs actions devant la même triade : le Grand Cercle.
Les street gangs

L’émergence des gangs fait partie des phénomènes sociaux notables de l’immédiate après-guerre aux Etats-Unis. Alors que les bandes de délinquants avaient quasiment disparu avec la pacification du Wild West, en particulier au profit des sociétés criminelles organisées (Mafia, Triade, etc.), elles réémergent à partir de la fin des années 1940 et deviennent un phénomène de grande ampleur. Ces bandes occupent, dans l’écologie du crime, des niches variées, qui sont à la fois concurrentes et complémentaires du crime organisé classique. Les gans sont le plus souvent localisés, mono-ethniques et culturellement homogènes.

A la différence des mafias, dont les membres aspirent souvent à une certaine respectabilité et tiennent à la discrétion de leurs activités criminelles, les street gangers revendiquent leur style de vie et en font un objet de fierté identitaire. Les gangs recrutent jeune : souvent dès 13 ou 14 ans.
Principaux gangs locaux et organisations criminelles mineures en Californie du sud en 1954 :
38th Street
- Street gang hispanique
- Territoire : quartiers hispaniques, surtout au sud de la ville ; Santa Ana.
- Trafic de drogues (cocaïne), vol, extorsion, cambriolage, trafic d’immigrants, intimidation de témoins, assassinat, racket
- 350 membres environ
Issus des rangs des anciens pachucos, les membres de ce gang sont désormais connus comme l’un des street gangs les plus violents de Californie. Ils adoptent un look greaser et écoutent des narco corridos, en se réclamant de l’héritage de la Eme. Ils servent également de relai local aux Cartels mexicains pour la diffusion de leur marchandise.
Almighty Gaylords
- Street gang blanc
- Territoire : Downtown
- Extorsion, kidnapping, assassinat, vol de voiture, proxénétisme.
- Une centaine de membres localement.
Le nom de Gaylords vient du fondateur du groupe, qui l’a créé à Chicago dans les années 1930. Il l’avait confondu avec le terme français gaillard et était persuadé qu’il signifiait courageux en français. Le groupe compte une douzaine d’antennes locales, dans les principales villes américaines.
Almighty Latin Kings Powerful Lord Masters
- Street gang portoricain
- Territoires : les quartiers hispaniques, Palos Verdes dans une moindre mesure
- Trafic de drogues, trafic d’armes, meurtre, braquage, vol de voitures, racket
- 600 membres environ
Branche locale d’une union de gangs existant au niveau national. Les Latin Kings sont apparus récemment dans le paysage des gangs mais sont arrivés en force. Ils se reconnaissent à leur look greaser et à leurs chemises jaune vif, ainsi qu’aux épaisses chaînes en or que les membres arborent sur leurs blousons. Ils se réclament d’une idéologie (le kingisme), basée à la fois sur la fierté d’appartenance au catholicisme, sur le suprémacisme hispanique et sur une certaine recherche de développement intérieur, la progression hiérarchique au sein du groupe s’accompagnant de rites d’initiation qui marquent le passage vers des états de conscience supérieurs. Les Kings sont connus pour leur discipline stricte, et les punitions corporelles extrêmement sévères qu’ils infligent à ceux de leurs membres qui déshonorent le gang (un coup de poing à la première incartade ; trois minutes de violence, infligée par trois membres, à la deuxième ; cinq minutes, infligées par cinq membres, à la troisième ; mort à la quatrième).
Avenues
- Street gang hispanique et amérindien
- Territoire : Nord-est de Los Angeles : Highland Park, Cypress Park, Glassell, Eagle Rock
- Brutalités, protection forcée, kidnapping, racket, braquages, vols de voiture, vandalisme, intimidation de témoins
- 800 membres environ
The Avenues est à l’origine un cercle de sociabilité et de protection mutuelle, issu des mouvements de la jeunesse hispanique consécutifs au Zoot Suit Riots. D’abord organisé comme une milice d’autodéfense et une police interne de plusieurs quartiers hispaniques, le groupe est devenu au fil du temps une organisation criminelle et violente. Il recrute aussi bien des hispaniques que des métis ou des american natives et est composé d’un grand nombre de petits groupes, parfois concurrents. Ces groupes se réunissent en alliances : les Toonervilles (bandanas verts), les Three Rascals (bandanas noirs), les Frogtown Boys (bandanas rouges) et les Cypress (bandanas jaunes).
Bamboo Union
- Street gang taïwanais
- Territoire : Chinatown
- Brutalités, extorsion, assassinat, proxénétisme, trafic de drogue (opium)
- Une centaine de membres
La Bamboo Union a pris le nom d’un groupe bien plus puissant et prestigieux, puisqu’il s’agit de l’une des principales Triades de Taïwan. Localement, il ne s’agit en réalité que d’un gang de greasers asiatiques, principalement utilisé comme muscles à louer par les Tongs.
Chickens and bulls
- Groupe d’extorsion multi-ethnique
- Territoire : toute la ville
- Extorsion, usurpation d’uniforme
- Sans doute une trentaine de membres
Une organisation criminelle visant essentiellement les riches homosexuels in the closet : certains membres du groupe (les chickens, qui sont généralement jeunes et beaux) séduisent des hommes en vue, puis s’arrangent pour que leurs ébats soient photographiés par un complice caché. Puis d’autres membres (les bulls), se faisant passer pour des policiers, débarquent durant les ébats, prenant la victime en flagrant délit et l’accusant de détournement de mineur (le chicken prétend alors qu’il a effectivement 16 ou 17 ans). Les bulls finissent par accepter d’importants pots-de-vins pour fermer les yeux sur une activité illégale mais les victimes font ensuite régulièrement l’objet de chantage grâce aux photos.
DCG (Divorcee Coercion Gang)
- Groupe criminel juif
- Territoires : Fairfax, Hollywood
- Violences
- Une vingtaine de membres
La halakha (loi religieuse juive) ne permet traditionnellement à un divorce d’être achevé que quand l’ex-mari donne son gett (acte de répudiation) à son ancienne épouse. Celle-ci, en effet, ne peut se remarier qu’un an après l’obtention de son gett. Mais la conservation du gett et des chantages éventuels autour de sa délivrance sont courants dans le cas de divorces conflictuels. DCG est un groupe qui se charge spécifiquement d’obtenir, contre rétribution, le gett d’un ex-mari récalcitrant. Ses méthodes sont variées mais impliquent souvent l’usage d’électricité. On sait qu’au moins l’un des membres de DCG est un rabbin confirmé, qui assiste aux « séances » pour s’assurer que la signature du gett se fasse dans les formes prescrites.
El Monte Flores (EMF, 13, XIII)
- Mafia et street gang chicano
- Territoire : El Monte, toute la vallée de San Gabriel
- Trafic de drogues, trafic d’armes, assassinat, racket, blanchiment, cambriolage
- Plus de 3000 membres
L’un des plus puissants street gangs de la ville et de l’Etat. EMF a profité de la disparition progressive de la Eme pour prendre sa place dans à peu près toutes ses activités. La drogue représente l’essentiel des revenus du gang, qui sert de distributeur local aux cartels mexicains.

Four Seas Gang
- Mafia taïwanaise
- Territoire : Santa Ana, Long Beach, Chinatown
- Contrebande, trafic d’opium, trafic d’armes, transport d’immigrants illégaux, proxénétisme
- 150 à 200 membres
Branche locale d’une puissante triade de Taïwan, le Four Seas Gang se reconnaît aux costumes gris clair impeccables que portent tous ses membres. Principalement localisé le long de la côte, il se spécialise dans les trafics illicites et le transport d’immigrants.
Kielbasa
- Mafia polonaise et ashkénaze
- Territoire : Hollywood, Downtown
- Trafic de drogues, trafic d’armes, racket, jeux illégaux, assassinat
- 150 membres environ
Un groupe nouvellement formé, essentiellement composé de Polonais et de Juifs ashkénazes contestant l’autorité de Mickey Cohen. Depuis la mort de Siegel, Kielbasa est sur le déclin mais a encore de beaux restes.
Leopards of Zion
- Mafia juive
- Territoire : Fairfax
- Trafic d’armes, extorsion, racket
- 150 membres environ
Un groupe à la fois concurrent et allié de Mickey Cohen, et qui se présente comme une branche du mouvement sioniste. Son objectif officiel est de soutenir Israël, avec ses moyens et ses méthodes. De fait, le mouvement a fourni des sommes considérables à l’Agence Juive, et facilite l’Alya de ses membres. En réalité, cependant, la part des revenus de l’organisation réellement consacrée au sionisme reste relativement faible et il s’agit tout simplement d’une mafia comme les autres, avec un petit supplément d’âme.
Nonoï Tes Nuktas (Les Parrains de la Nuit)
- Mafia grecque
- Territoire : Westlake
- Extorsion, trafic de drogue, proxénétisme, blanchiment
- 200 membres environ
Branche grecque de Cosa Nostra, dont le territoire couvre principalement Westlake, c’est-à-dire le Little Athens local (qui est coincé entre Little Tokyo et Koreatown). L’activité locale concerne essentiellement la « protection » des restaurants, commerces et boîtes de nuit.
Spook Hunters
- Street gang raciste blanc
- Territoire : Downtown, Silverlake
- Violences racistes, incendies volontaires
- 200 à 300 membres

Spook est un terme qui désigne à la fois les fantômes et, dans certains contextes, les Noirs. Les Spook Hunters sont un groupe de jeunes Blancs, formé en réaction à la soudaine augmentation de la proportion de colored people dans la population locale. Ils se consacrent essentiellement à la défense de leurs quartiers face à la menace nègre : brutalités, incendies, etc. Leur principal souci est d’empêcher toute installation de commerce possédé ou tenu par des Noirs dans des zones qu’ils jugent blanches. Bien que s’étant rendus coupables d’un grand nombre d’infractions, les Spook Hunters sont relativement bien tolérés par la police.
Sun Yee On (Nouvelle Guilde Vertueuse et Pacifique pour le Commerce et l’Industrie)
- Triade
- Territoire : aucun en particulier
- Activités d’intermédiaire principalement
- Une trentaine de membres à Los Angeles, 25 000 dans le monde
Sun Yee On n’a que peu d’influence directe locale mais cette Triade est très respectée dans les milieux asiatiques. Comme elle n’a que très peu d’intérêts directs dans les affaires locales, elle a réussi à se créer une niche : ses membres servent principalement d’intermédiaires ou de fixers pour les autres groupes asiatiques, leur fournissant des services contre rétribution, sans que les clients sachent nécessairement qui leur rend ce service au final.
Yardies
- Street gang jamaïcain
- Territoire : Wats
- Trafic de drogue (marijuana), extorsion, cambriolage, recel, prêt sur gages, proxénétisme
- 150 à 200 membres.
Groupe sortant peu du Wats, mais qui y exerce une mainmise importante, ils ont peu à peu pris la place de nombreux pimps d’antan.
