
Née 1932 à San Francisco
Troisième enfant et deuxième fille d’un couple aisé de San Francisco – Papa est avocat (hum).
Si son père n’a pas fait la guerre, son frère bien-aimé y est resté, marquant à tout jamais l’âme de cette jeune femme consciente de sa beauté mais prétendant que c’est un élément dépourvu d’intérêt. Ecorchée vive après la tragédie de la guerre qui remit en question la vacuité d’une existence superficielle et lui fit prendre conscience du sacrifice inutile d’une génération perdue, elle commença très jeune une révolte intellectuelle bien plus profonde qu’une simple crise d’adolescence à l’idée de devoir suivre un moule défini pour elle, qui l’obligerait à épouser un jeune collègue de son père ou tout autre crétin bourgeois obsédé par l’argent et la réussite. C’est ainsi qu’au lendemain du mariage parfait de sa sœur aînée, elle s’enfuit en emportant quand même une partie de l’argenterie familiale et du cash planqué dans le coffre de la maison au volant de la voiture paternelle qu’elle revendit bien vite pour s’acheter une moto. Découvrant la liberté, les cheveux dans le vent, née pour être sauvage, elle ne reconnait plus personne, etc… Vous connaissez la chanson.
Elle parcourt les routes de la Californie, se joignant parfois à une bande de bikers, et si elle joue naturellement de sa séduction, étrangement, elle parvient à maintenir en respect la majorité des hommes qui composent ces bandes errantes, les quittant dès que la situation devient ingérable pour son seul trésor, sa seule richesse : sa liberté.
Arrivée depuis peu à Los Angeles, elle semble décidée à se poser quelques temps et fréquente les Greasers de la Cité des Anges, jusqu’à ce soir d’été 1954…
♪♫ Summer loving had me a blast
Summer loving happened so fast
I met a girl crazy for me
Met a boy cute as can be ♫♪
1954, les nuits d’été sont courtes et particulièrement chaudes. Billy Baker, nouvelle en ville fait déjà sensation parmi les groupes de bikers et de fans de mécanique en tout genre, repoussant avec grâce les avances plus ou moins graveleuses des jeunes hommes en jean et cuir qui composent ces communités bruyantes, tous emplis à la fois d’une fureur de vivre et d’une volonté de mourir… Ce soir là, une course folle et interdite est organisée sur Mulholand drive. Et il est là. Il se tient au milieu des autres et pourtant, elle ne voit que lui : solaire au coeur de la nuit, un regard reflétant parfois toutes les tragédies qui ont émaillé sa vie surmontant un sourire à la fois brillant et triste, une démarche virile d’italo-irlandais cachant sous la musculature le coeur brisé d’un petit garçon dont la mère lui fut volée trop jeune dans un accident de voiture. Et elle est là, au milieu des autres filles, et il ne voit qu’elle, incarnation d’un idéal féminin qu’Oedipe ne renierait pas – et pour cause -, au regard si unique et pourtant si familier qui lui rappelle un peu celui de la cugina. Ce soir là, le coeur de l’un se remit à battre, le coeur de l’autre en eut presque l’impression. Ils n’osèrent pas se parler, pas tout de suite, alors qu’ils se bouffaient des yeux. Ce n’est que la nuit suivante qu’il entendit pour la première fois sa voix un peu cassée, murmurant confusément quelques mots. Il fallut encore que des jours passent, les rapprochant chaque fois un peu plus. Un soir, elle posa une main sur son bras, le lendemain, il effleura sa taille, la nuit suivante, elle caressa sa joue. Et la dernière nuit, alors qu’ils n’étaient plus que deux, il n’y tint plus, interprétant ces gestes, ces regards, ces attentions comme un homme amoureux interprète les invitations d’une femme éprise. La confusion des sentiments les emporte, les égare, les fait basculer là où ils n’auraient jamais du. Les corps, les mains, les lèvres fusionnent dans une étreinte qui devient si vite, trop vite, passionnée, passionnelle, charnelle. Plaquée contre ce mur encore brulant du soleil de la journée, elle offre malgré elle sa peau satinée aux mains fiévreuses, sa bouche aux baisers fougueux quand la sienne s’enfouit dans le cou où palpite une veine charriant un nectar chargé d’érotisme, d’amour, d’espoir, de vie… Elle se perd elle-même, s’effaçant sous le masque d’une identité confuse, l’esprit étouffé par l’envie de la bête et le désir de la femme. Sa langue effleure la jugulaire du jeune homme qui vient de faire voler au loin son perfecto et commence à se débattre avec leurs jeans trop serrés. « Giuseppe… » Le nom s’échappe malgré lui de la gorge féminine, ce nom que seule sa mère lui donnait. Et au coeur de cet orage sensuel, c’est un électrochoc. Alors qu’il écarte son visage, stupéfait, pour la regarder, les mains relâchant un instant son étreinte sous la surprise qui l’enchante et l’effraie à la fois, elle s’enfuit, dans un sanglot horrifié pour disparaitre à tout jamais, laissant derrière elle, une fois encore, un Joseph Gillighan effondré de chagrin de l’avoir perdue. Encore.
♪♫ Tell me more, tell me more… ♫♪
Identité alternative de greaser… ou pas. Gabriella ne repassera plus jamais ce costume de peur de croiser à nouveau la route de son fils. En revanche, elle passera des nuits et des nuits à regarder La Fureur de vivre, la passion qu’elle vouera à James Dean sera un report de celle qu’elle s’interdit de ressentir un jour – enfin, une nuit – à nouveau.