(…) Or en ce temps-là, il advint que Belit-Sheri, de la Maison de la Balance, décida de compter le nombre des Enfants de la Nuit. Et Sarru-Kinu, le Grand Roi de Kish, se soumit à ce recensement.
Il convoqua ses enfants et les enfants de ses enfants, et les enfants des enfants de ses enfants, jusqu’à la cinquième génération après lui. Et tous se réunirent dans la cité de Meluha. Et Sarru-Kinu en fit le décompte.
Et Belit-Sheri dit : « Sarru-Kinu, Maître de l’Esagil, Grand Roi de Kish, Père de la Maison de la Vierge, ta Maison est plus nombreuse que les étoiles du firmament. Vois : nulle Maison n’est semblable à la tienne. »
Et Sarru-Kinu dit : « Dis-moi combien de mes enfants sont surnuméraires, ô Belit-Sheri, Celle Qui Dénombre les Peuples, et je les retirerai de devant ma face et de devant la face de la terre. »
Et Belit-Sheri dit : « Tes enfants sont plus nombreux que les jours de l’année. Or, dans chacune des autres Maisons, les Enfants de la Nuit sont au nombre de cinq douzaines ou moins. Même les enfants de la Maison du Lion, qui pourtant pullulent comme les poux sur la tête d’un mendiant, comme les rats dans les rues des cités, même ceux-là sont moins nombreux que les tiens.»
Et Sarru-Kinu dit : « J’élaguerai mon arbre. »
Et Sarru-Kinu contempla ses enfants, et les enfants de ses enfants, et son cœur se désola, car ils étaient trop nombreux. Ils étaient nombreux comme les étoiles du firmament, et parmi eux il était des faibles, des méchants, des retors et des lâches.
Alors il parla à ses enfants, et aux enfants de ses enfants un à un, et il leur dit : « Suis-je ton dieu, en vérité, suis-je semblable à Ceux d’En Haut et à Ceux d’En Bas ? » Et ceux qui répondaient « Non », il les dévorait.
Puis il demanda : « Sais-tu ce que je veux, dans le secret de mon cœur, ce que j’ai enseigné à mes enfants, et aux enfants de mes enfants ? » Et ceux qui répondaient « Non », il les dévorait.
Et ainsi réduisit-il sa Maison et élagua-t-il son arbre. Mais d’entre ses enfants, se dressèrent des mécontents, qui dirent : « Qui donc est notre père pour prendre ainsi notre sang ? » Mais les fidèles répliquaient : « Votre sang est le sien, et il ne vous est que prêté. Il est en droit de le reprendre : qui êtes-vous pour le contester ? »
Or il se leva de parmi les enfants de Sarru-Kinu deux frères, que le Grand Roi de Kish avait lui-même accueillis dans sa Maison autrefois. Et ils se nommaient Molokh et Nergal.
Et Molokh dit : « Notre père déraisonne. Pourquoi veut-il élaguer son arbre ? Pourquoi veut-il affaiblir sa Maison ? »
Et Nergal dit : « Notre père déraisonne. Il s’égare loin des Enseignements. »
Mais Sarru-Kinu dit : « Je suis le donneur d’Enseignements. Qui êtes-vous pour vouloir m’en donner ? »
Et Nergal dit : « Je suis celui qui visite les entrailles de la terre et qui rectifie son être pour en tirer les secrets. J’ai bu le sang des Premiers Peuples et de ceux qui ont précédé les Hommes et vivent désormais cachés sous les monts. Et je connais le Vrai Nom des choses dans la langue d’Eden. »
Et Molokh dit : « Je suis celui qui a reçu la révélation de la nuit et je connais le Vrai Nom de Celui Qui Répand la Peste. J’ai contemplé les Jardins Secrets et j’ai parlé au Porteur de Lumière. Je me suis accouplé à la Mère Noire et j’ai vu ce qui dort au fond des mers. »
Et Sarru-Kinu voulut mettre fin à leur existence, mais les deux frères fuirent de devant sa face, et avec eux leurs enfants et les enfants de leurs enfants, et Sarru-Kinu les maudit, et il ne les compta plus parmi ses descendants. Et Nergal se fit ensi de Mashkan-Shapir. Et il dit que sa Maison n’était pas la Maison de Sarru-Kinu, et la cruauté emplit son cœur.
Or il advint que Molokh, à la fin, se rebella contre lui, et avec Molokh nombre de ses enfants. Et Molokh fit la guerre à Nergal et il fut vaincu. Et Molokh se tourna alors vers Sarru-Kinu, et vers la Maison du Taureau, et vers la Maison du Bélier, et vers la Maison du Cancer, et il leur demanda de l’aide.
Et Sarru-Kinu dit : « Qui es-tu pour me demander de l’aide, toi qui refusas de me laisser élaguer mon arbre ? Tu n’es plus de ma Maison. »
Mais Molokh lui offrit le sang de quatre et trente de ses enfants. Alors Sarru-Kinu consentit à l’aider.