1925 : l’affaire Jacobson

L’affaire Jacobson est un bon exemple de la manière dont les affaires étaient menées par le City Hall Gang dans les années de l’administration Cryer à Los Angeles.

Carl Ingold Jacobson était un élu municipal démocrate du 13ème District (le Nord-Est de Downtown). D’origine suédoise, il était un Protestant rigoriste, et un fervent soutien de la Prohibition et du maintien de l’ordre moral. Il fut d’ailleurs un proche de Hays, le rédacteur du Code.

Au cours de son mandat, il s’opposa frontalement à l’administration Cryer, en tant qu’élu d’opposition. Et il fut connu sous le surnom de « The Vice Crusader », étant parti en guerre contre la drogue, la prostitution, les speakeasies, et ainsi de suite.

Il s’assura les services de Frank « Rusty » Williams, un ancien détective du LAPD que Crawford avait envoyé dans un placard en raison de sa réputation d’incorruptible, et le fit nommer Enquêteur Spécial au service d’une Vice Commission qu’il venait de créer. Quand Williams fut finalement renvoyé du LAPD à la demande du maire Cryer, Jacobson continua à l’employer, sur ses fonds personnels, en tant que détective privé.

En 1927, en particulier, avec l’aide de membres du Ku Klux Klan, Jacobson mena une vaste campagne visant à dénoncer le Ship Café, un établissement situé sur Spring Street, à Venice, et qui, sous des airs de café mondain, dissimulait un speakeasy. Jacobson ne parvenant pas à obtenir une enquête de la part du LAPD, il se rendit à Washington, rencontra Edgar Hoover, et obtint une perquisition de la part d’agents fédéraux, qui trouvèrent effectivement de l’alcool sur place. Le propriétaire du speakeasy, un certain Alberto Marco, proche de Joseph Ardizzone, décida qu’il était temps d’en parler à Charlie.

Quelques semaines plus tard, Jacobson fut appelé par l’une de ses administrées, une certaine Hazel Fergusson (dont on apprendra plus tard qu’elle se nommait en réalité Callie Grimes). Elle résidait dans le quartier El Sereno, à la limite nord du 13ème district, et priait l’élu municipal de venir constater des nuisances qu’elle subissait chez elle. Quand Jacobson se rendit chez Grimes, en compagnie de quatre policiers municipaux, il la trouva apparemment seule chez elle. Elle leur offrit sans vergogne un verre d’alcool, ce que Jacobson refusa immédiatement. L’instant d’après, il fut assommé par les policiers.

Ceux-ci sortirent de la maison quelques minutes plus tard. Ils assurèrent par la suite que c’était le conseiller Jacobson qui leur avait indiqué que leur présence n’était plus nécessaire. Ils restèrent cependant dans la rue, afin, dirent-ils, de constater les nuisances en question. Puis, s’inquiétant du temps que prenait Jacobson à revenir, ils revinrent chez Grimes. Ils découvrirent un Jacobson évanoui, nu, dans le lit en compagnie de Callie Grimes. L’un et l’autre empestaient l’alcool et plusieurs bouteilles jonchaient la chambre. N’écoutant que leur probité, les policiers constatèrent immédiatement la scène et prirent plusieurs photos avant même de réveiller Jacobson.

En 1929, cela fait déjà deux ans que Jacobson est empêtré dans cette affaire. Il a engagé très rapidement des détectives privés, qui ont démontré que Callie Grimes était une ancienne tapineuse ayant été au service de Marco par le passé. Il a aussi pu établir que deux au moins des policiers avaient un train de vie incompatible avec le salaire que le LAPD leur versait et que l’un d’entre eux au moins avait été impliqué dans la mort « accidentelle » (un suspect tentant d’échapper à une interpellation, le policier qui tire…) d’un proxénète qui était en conflit avec Crawford. Mais l’attorney Parrot n’a rien voulu entendre et a considéré qu’il ne s’agissait là que d’un faisceau de coïncidences, et aucunement d’indices probants.

Plus douloureux encore pour Jacobson, peut-être : les quatre policier qui ont témoigné contre lui sont des hommes qu’il considérait comme de confiance, et dont il avait lui-même proposé la promotion au sein du LAPD. Les quatre hommes ont d’ailleurs déclaré que Jacobson avait tenté de les corrompre quand ils l’ont découvert chez Grimes.

En 1929, Jacobson est toujours placé en résidence surveillée, démis de ses mandats électoraux à titre conservatoire, et continue à clamer son innocence. Depuis que Parrot a quitté les affaires, cependant, Jacobson semble avoir retrouvé l’espoir : l’attorney Dennisson a accepté de prendre en compte ses réclamations. Mais le procès s’annonce long…

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