
Nul ne sait qui elle est ni d’où elle sort… On la croit allemande, on la prétend slave ou vénitienne, certains forcément, l’imaginent française. Qu’importe, elle parle peu mais avec un léger accent difficile à identifier, d’une voix grave, rauque et basse, à la limite du murmure le plus souvent. Son regard fascinant et dur parle pour elle. Elle ne sourit que très rarement et marche avec une raideur et une prestance de reine.
Sa première apparition se fit dans un club huppé, il y a quelques semaines, lors d’une soirée très « spéciale » pour laquelle « J » avait reçu une invitation, ne s’y montrant que rapidement en début de soirée. Et puis, à minuit, Maitresse Irène avait fait son entrée, portant un demi-masque vénitien noir surmontant sa bouche peinte en rouge carmin, trainant en laisse son esclave nu. Nul ne s’est d’ailleurs soucié de lui demander son carton d’invitation ni ce qu’elle faisait là. Tous les regards se sont tournés vers elle et c’est d’un geste impérieux, sans dire un mot, qu’elle désigna tel ou tel « élu » à son accompagnateur qui déposa ou tendit des cartons chics à certains rares hommes qu’elle croisait. Elle en « offrira » 5 de plus à l’entrée, ordonnant à l’hôte ou l’hôtesse de les vendre fort cher à ceux qui les voudraient. Puis elle disparut dans sa tenue qui ne laissait rien voir mais laissait tout deviner, montée sur des talons vertigineux mettant en valeur ses chevilles ornées de très fines chainettes d’or…
Sur le carton était écrit :
« Maitresse Irène recevra vos offrandes à cette adresse..(adresse à Beverly Hills).
Soyez donc un bon et très généreux garçon et il est possible que Maitresse Irène acceptera votre invitation.
Un jour, peut-être, vous laissera-t-elle le privilège de lui baiser les pieds… »
Le lendemain, bien entendu, le Hollywood Gossip évoqua cette nouvelle Reine des donjons et SinYourself dans son numéro spécial annonça la vente aux enchères de photos, tirées chacune à un seul exemplaire, montrant chacune un bout de la dame : sur une sa cheville, sur une le creux de ses reins, sur une sa bouche maquillée, sur l’autre le profile de sa poitrine gainée dans un bustier rigide, sur une autre sa main tenant une cravache…
Maitresse Irène « offre » essentiellement des services de « findom » et de fétichisme, plus rarement de la domination pure et jamais – pour l’instant- de relation « sexuelle » pure, dans un sens ou dans l’autre. Les cadeaux devraient être extravagants pour qu’elle y consente.
Lorsque les présents commencent à attirer son attention, elle renvoie un carton de couleur, parfumé ou non, portant ou pas une marque de rouge à lèvre, ou quelques mots, parfois énigmatiques. La couleur est censée être significative… Au mieux, elle se déplace à domicile ou à l’hôtel – de luxe, bien entendu.
On ne la touche pas, sauf à de très rares exceptions où elle laissera caresser ou embrasser ses chevilles. On ne la regarde que très peu. Par contre, elle pose des questions, fait raconter leur vie à ces vilains, vilains messieurs, les punissant s’ils ont été méchants, et leur posant d’autres questions… On en apprend des choses avec des talons aiguilles et un fouet en main…
C’est la première étape d’un nouvel investissement puisque, à terme, Maitresse Irène compte ouvrir une maison close très chic, probablement vers Bel Air ou Beverly Hills, quelque chose d’infiniment classe… où beaucoup de choses seront permises, mais pas n’importe quoi.
1929–1932 : Et le temps?
Le temps ne passe pas sur Maitresse Irène tout simplement parce qu’elle est intemporelle, inaltérable, et n’est qu’un costume qui demeure une inconnue pour la majorité de ses clients. Quand le temps s’écoulera et que certains s’interrogeront sur elle, une rumeur – savamment répandue par Sin Yourself et Holly Gossip – prétendra que la Irène d’origine a simplement passé la main et formé une autre Maitresse Irène. C’est d’ailleurs sans doute à cette occasion que de nouvelles photos seront publiées. Elle n’est pas une femme comme les autres, elle n’est d’ailleurs pas une femme. Elle est un fantasme, une légende, un rêve… Elle est la Maitresse.
Néanmoins, en 1932, elle sortira de l’ombre pour opérer de façon plus directe, soit-disant à la requête de Gaby, pour opérer au service d’Eddie Mannix, la sulfureuse maitresse acceptant de piéger un juge un brin trop rigide dans le traitement de l’affaire Paul Bern impliquant un peu trop Jean Harlowe. Par bonheur, s’il était rigide à la Cour, il était plus que flexible dans ses moeurs, d’autant plus sous le maniement expert de la cravache de « Maitresse Irène » qui lui accorda un rendez-vous inattendu dans une demeure de Beverly Hills – louée pour l’occasion. Un petit groupe de reporters débarqua alors que le Juge Mitchell, à quatre pattes sur une table basse répondait à la question posée par sa maitresse concernant sa docilité. L’affaire fut bienheureusement pour le juge, tenue sous silence et le « nom » de la maitresse ne fut jamais cité dans ce qui ne fut pas une affaire grâce à l’intervention opportune de Monsieur Mannix pour sauver la mise du magistrat. Mais dans la semaine qui suivit, de nouveaux clients passionnés envoyaient présents et bouquets de fleurs à Maitresse Irène en l’assurant de leur docilité totale tandis qu’un Mannix redevable découvrait en son « assistante » Gaby une femme pleine de ressources inattendues et de contacts surprenants!
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Cette identité est celle d’une dominatrice fétichiste & findom.
Elle permet à Gaby d’explorer une face encore plus sombre de l’âme et du sexe de Los Angeles, et de drainer des secrets bien plus sombres. Et accessoirement du pognon! C’est une étape pour, à moyen terme, s’installer dans la prostitution spécialisée, y puisant informations et contacts puissants.
Adresse et contact : une adresse postale à Beverly Hills -en poste restante- où l’on peut envoyer des colis, cadeaux, invitations et autres attentions. « Maitresse Irène » ne reçoit pas, ne répond pas au téléphone, ne répond même généralement pas aux courriers tant que l’on ne s’est pas montré assez « good boy ».
Elle ne se déplace que le jeudi…

Une réflexion sur “Maitresse Irène”