
Juliette Lamor, de son vrai nom, Jeanine Lamart*, née à Abbeville, en Louisiane, le 22 juillet 1904.
Issue d’une famille nombreuse et pauvre, se prétendant descendre de colons « français », « J » grandit comme la majorité des filles de son âge, allant peu à l’école, aidant sa mère à élever les derniers encore dans les langes, esquivant les baffes du père (ou du frère aîné). Dès l’âge de 16 ans, elle fait le mur pour rejoindre un petit ami qui ne manquera pas de la plaquer dès qu’il apprend qu’elle est enceinte. Passant par une faiseuse d’ange, elle manque – comme beaucoup- y laisser la vie. Se considérant d’elle-même perdue pour le mariage et craignant que son paternel ne la tue, elle fuit le comté, puis finalement l’état pour rejoindre le Texas en sautant dans un train.
Échouant à Houston sans un sou vaillant et avec un maigre baluchon, c’est naturellement qu’elle en vient à vendre son corps, n’ayant plus rien à préserver. Les hommes sont des animaux, les cow-boys plus encore qui vous traitent moins bien qu’une vache… Ayant réussi à mettre quelques sous de côté, déterminée autant que belle, elle décide de rejoindre la Californie, « Cité des Anges » qui, de là où elle se trouve, lui semble porteuse d’espoir pour un renouveau. Elle n’y sera plus Jeanine Lamart, mais Juliette Lamor, ou « J » pour les intimes… qu’elle n’a pas.
Son voyage prendra presque un an mais elle finit enfin par arriver à Los Angeles. Au bout de quelques semaines, elle trouve les meilleurs endroits où se poser, obtient de bons « pourboires » et pose pour des « photos de nus » avant d’avoir l’idée, grâce à la collaboration d’un généreux mécène anonyme, de fonder « Sin Yourself », un journal illustré, qui donnera naissance ensuite une société de productions de photographies « d’art »… et de cinéma « de genre ».
Sin Yourself!
Grace à la collaboration artistique d’un autre « J » – Joachim mais chut, c’est un gars sérieux voyons!- , et aux photographies de nudes érotiques particulièrement réussies, le « magazine » connait un petit succès et commence à se vendre. Elle y ajoutera peu à peu d’autres « produits » : un numéro sera accompagné d’une mini Bible de Tijuana ce qui lui donnera l’idée d’ajouter une planche de dessins au « magazine » (la revue sort tous les 15 jours). Une autre fois, ce sera un préservatif avec un article « de fond » pour expliquer, dessins à l’appui, comment l’utiliser. Il publie également des textes, récits et même des poèmes! Parfois un ou deux articles de fond sur … les positions du kama sutra – si c’est déjà connu? – mais sinon, de simples « conseils » sur le plaisir, ou toute autre excuse pour écrire sur le cul!
Le magazine sert également à faire la promotion de films que « Sin Yourself » se met à produire… Un grand avenir se dessine! elle a notamment l’idée de réaliser des films en mettant en scène certaines prostitués et cocottes particulièrement remarquables, leur offrant littéralement un film « promotionnel ». Son dernier succès en date, un film érotique exotique, met en scène un jeune premier prometteur du nom de Clark Gable qu’elle trouva particulièrement à son goût, le savourant une soirée entière après la projection du produit fini…
« J » Lamor commence à se faire une petite réputation, trainant parfois dans les speakeasy, se faisant inviter dans des soirées chaudes et goutant à toutes sortes de plaisirs sensuels, masculins, féminins, blancs, noirs, asiatiques ou hispaniques… tout se consomme et c’est bien une vérité que la belle sulfureuse a apprise et compte mettre en pratique, comme consommatrice et pourvoyeuse.
Quant à l’amour, ce n’est plus à l’ordre du jour. Les diamants sont les meilleurs amis des filles, pas les hommes.
Ce sont donc les affaires et le marché du sexe qui accaparent toute son attention.
Son nouveau projet en gestation est d’ouvrir un salon de « philosophie » très privé qui abritera des alcôves de discussion et, bien entendu, une petite salle de projection privée.
Mais pour l’heure, Juliette Lamor, cherche à rencontrer la dénommée Améthyst afin de lui proposer une « association » artistique et commerciale…
1929-1943
L’année 31 fut une année charnière, particulièrement intense à supporter pour Gaby. « Abandonner » ses enfants, son époux, sa maison, et laisser derrière elle – même si ce n’était qu’en partie – sa vie de femme pour mourir au monde, bien que ce fut un choix, ne fut pas aisé et cet adieu à sa condition de mortelle bien qu’elle ne fut pas vraiment immortelle, eut parfois des conséquences sur ses humeurs. Peut-on lui en vouloir. Il fut une fois, néanmoins, où cela se traduisit par un éclat qui ne serait pas sans conséquence, lors d’une rencontre avec Brooklier sous les traits de la voluptueuse Julliette Lamor pas encore Madame Dynes. Les affaires semblaient être en passe de reprendre de ce côté là du grand écran et plus le Code Hayes se durcissait, plus Hollywood perdait de son éclat et plus les affaires de SinYourself devenaient florissantes, mais de ces fleurs intenses aux parfums puants qui poussent dans les caniveaux d’Hollywood. Bref, on s’égare. Le porno se vendait, Gaby et Joachimo avaient bien mené leur barque et fournissaient des productions de qualités – autant que possibles dans ce milieu – et se faisaient un nom. C’était pas vraiment la fortune par contre, d’autant que « Juliette » avait fait le choix de payer tout le monde aussi bien que possible, s’achetant sans doute une morale dans le fait de bien payer le cul des autres, elle qui n’avait plus à vendre le sien. Du moins pour l’instant. Repousser ce spectre d’une misère terrifiante était pour elle un mécanisme qu’un psy se serait fait un plaisir d’expliquer mais Juliette n’allait pas voir un psy. Et Gaby non plus. Mais revenons-en à l’histoire. Brooklier était pris comme tout le monde dans les affres de la crise économique et ne faisait pas de sentiment et il fut un soir où il demanda à renégocier l’accord conclu, loin de Benny, loin de Mickey. Juste Juliette et lui. Il essaya d’abord de baratiner, puis surtout, il tenta la menace. Sans doute imaginait-il que au mieux ça marcherait, au pire bha il aurait essayé et la donzelle se sauverait sans que ça prête trop à conséquence. Il ne s’attendait sans doute pas à ce que l’épaisse table vole soudain, ni à se retrouver avec le beau visage glamour soudain déformé par une rage qui ne semblait plus tellement humaine à un souffle du sien, le regard sombre et la poigne de cette douce jeune femme faisant craquer son costume bien taillé alors qu’elle le saisissait au col. L’entretien tourna court mais le message fut passé. Aucun des deux ne parla jamais de ce tête-à-tête à qui que ce soit. Jamais. Chacun d’eux s’obligera à penser que ce n’est pas arrivé. Jamais. La colère est mauvaise conseillère, on vous l’a toujours dit.
Les années seront naturellement clémentes avec la sulfureuse Juliette qui finira par épouser « Courtychou » avant qu’il ne parte à la recherche de la Lémurie mais bien entendu, ce mariage qui sera prétexte à une fête à Vegas, ne sera pas vraiment consommé, et verra les époux apparaitre parfois dans des soirées, de moins en moins nombreuses, de moins en moins longtemps. A mesure que Dynes s’éteint, le couple qui n’a jamais vécu ensemble se transforme en duo d’amis se perdant un peu de vue. Toutefois, Juliette ne lâchera pas son Courtychou, ressentant finalement un peu de remords? de pitié ? à l’égard de ce multi millionnaire pathétique qu’elle voulait au départ, surtout, plumer.
Miss Lamor se consacrera surtout à la gestion de ses affaires en compagnie de Jaochimo qui reste le conseiller artistique et directeur de photographie de toutes productions qui spécialisera une de ses collections dans le porno gay… étonnamment!
Et puis, le temps de tirer sa révérence approchant, une nouvelle actrice deviendra la star d’une série de films « Noir & rose », propulsée presque en fanfare par la maison SinYourself, une certaine Bella Donna… Mais ceci est une autre histoire.
La mort de Courtland Dines sonnera le glas de cette magnifique ID alternative.
Officiellement, Juliette fera sa dernière apparition lors de la veillée funèbre avant de se retirer, éplorée, au Texas, trop bouleversée pour assister aux funérailles. On ne la verra plus jamais à LA…
*… oui, une identité alternative peut avoir une fausse identité voyons! Too much?
Cette identité est celle d’une productrice de porno sous toutes ses formes, publiant ce que Gaby ne peut publier chez R&G Press. Femme d’affaire du sexe, elle est le revers immoral de Gaby, celle que Madame Peter Gillighan ne peut pas être.
Femme libre et pragmatique, aux mœurs très légères, infiltrant les milieux du plaisir et de la débauche de Los Angeles, elle développe des contacts et influence entre la rue et les clubs privés, les speakeasy et les production « off » de Hollywood. Des marchands de journaux vendant sous le manteau ses productions illicites aux prostitués dont elle fait la « promotion », de la faune des clubs libertins aux peep-shows et bordels, « J » connait beaucoup de monde et sait beaucoup de chose. Et ne se lasse pas d’en apprendre plus…
Adresse & contact : Dans un petit immeuble discret au nord-ouest du quartier, dans une rue parallèle à Hollywood bd qui abrite un petit studio de tournage de film et de photo pour les production érotiques et pornographique « SinYourself« . A l’étage se situent les bureaux de rédaction du journal du même nom et de Hollywood Gossip.
C’est donc là également, au deuxième étage, que vit Juliette « J » Lamor ou en tous cas que l’on peut la contacter et parfois la rencontre
Message à déposer dans la boite aux lettres de sa maison / studio.
« J » déteste le téléphone et cette horrible manie qu’ont les gens de téléphoner à des heures systématiquement indues. Et le soir, elle n’est jamais chez elle…
===► exemple de « magazine » érotique, 1925

Nickel. Non, pas too much : au contraire, ça renforce la crédibilité.
Un point à soulever, toutefois : pour les films, il faut songer à la distribution. Difficile de diffuser cela en salle, donc ce sont forcément des bandes qui se vendent sous le manteau, pour des gens qui ont les moyens d’avoir un projecteur chez eux.
Autre option : les nickel peep shows (machines à quelques cents, qu’on trouve dans certains lieux pour adultes, et par lesquelles on peut visionner des films courts. C’est légal, à condition de ne pas en faire la publicité.
Pour ce qui est du journal : il est forcément vendu sous le manteau et imprimé clandestinement (à moins que l’imprimeur ne soit à Tijuana, ce qui est possible), car il tombe sous la juridiction de la « diffusion par voie de presse de contenus obscènes », et le fait de l’envoyer par la poste est même un délit fédéral (puisqu’on rend le gouvernement complice). Dans l’ensemble, l’érotisme et la pornographie ne sont pas interdits : c’est leur diffusion, leur vente publique et leur publicité qui le sont.
On est donc dans de la revue discrète, dont la seule possession est déjà en soi quelque chose de sulfureux. Pas de liste d’abonnés, bien entendu, puisque diffusion postale impossible. Diffusion possible en speakeasy, et dans la rue via des revendeurs (les mêmes qui proposent des photos érotiques), voire dans certaines librairies ayant un « Enfer ».
Oui, le kama sutra est bien connu, et fait partie des légendes entourant l’Orient sensuel et mystérieux…
Question : Gaby a-t-elle posé (sous l’identité de J, bien entendu) elle-même, ou les nudies de J font-ils partie de sa « légende » ?
Connaissance liée à Sin (il a lui-même écrit au journal pour proposer des écrits) : un certain Bill Hartman, qui possède une imprimerie/maison d’édition à Venice et diffuse de la littérature érotique XVIIIème et XIXème siècle (avec gravures d’époque) auprès d’un petit public de bibliophiles. Il propose également des romans plus récents, écrits par « Une personnalité locale qui tient à garder l’anonymat », et qui pourraient être diffusés en feuilleton. Après lecture de quelques bonnes feuilles : ça n’est pas mal; pas d’une imagination débordante mais bien écrit et excitant.
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• Oui, j’avais lu tout ton article sur la sexualité, pornographie, et prostitution!
• Ok pour les « les nickel peep shows ».
• D’où l’idée des « salons de philosophie » avec salle de projection privée… et où certaines nocturnes seront très privées? à peu de chose près, c’est un bordel intello quoi.
Il y a aussi une petite salle au dessus du « studio » (le tout est une maison où « J » a aménagé un appartement au second pour elle. J’imagine que peu à peu certains lieux commencent à s’installer, il suffit de les connaitre… Faut que je me développe un réseau Rue en plus, je crois!
• … Les speakeasy, sous le manteau, dans les soirées où elle est invitée aussi, c’est un bon « réseau » de départ, ensuite, il faudra penser à l’élargir. Le réseau. En attendant d’être le nouveau Huslter, on fait c’qu’on peut mon brave monsieur! On peut aussi imprimer une version à Tijuana ptet?
• Si le Kamasutra est bien connu alors on fait chaque mois une nouvelle position!
• Oui, bien sur! mais de façon peu voire pas reconnaissable : avec un masque, des voiles, de dos, etc… D’ailleurs, « J » a un grain de beauté dans le dos. Que n’a pas Gaby bien sur…
• Bonjour monsieur Hartman! S’il a lui-même une imprimerie, c’est peut-être par lui qu’on passe ? On peut évoquer les écrits en questions (pourquoi ne pas commencer la rubrique par un certain écrit de Sade sur « J … ou les prospérités du Vice »? Oooops! et ok pour le feuilleton érotique. Tout se prend. En fait, malgré tout, il est possible qu’avec le temps on recherche un peu de « qualité ». Quitte à un jour sortir un vrai torche-cul dégueulasse, pour être sur de couvrir le marché à défaut des fesses 😉
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Pour le cercle philo/intello : en 1929, Georges Bataille a déjà publié l’Histoire de l’Oeil et a déjà fait scandale. Des écrits pornographiques circulent dans les milieux surréalistes et dada et le sexe et la psychanalyse sont vus par les intellos europophiles comme hautement subversifs. Possible, donc, de surfer sur la vague en titillant en plus le côté snob de ceux qui savent ce qui est à la mode dans les cercles intellectuels parisiens.
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